Jeudi 16 février 2006

Voici un extrait de mes interventions lors des réunions de la commission particulière du débat public sur le contournement autoroutier de Rouen et qui ont fait l'objet d'une reprise dans le rapport final de la commission.

"Il a été souligné que, tout en ayant envisagé les mesures d’accompagnement, le maître d’ouvrage a privilégié comme solution adaptée, celle de la réalisation d’une infrastructure nouvelle. Le débat a soulevé d’autres perspectives comme celles offertes par une gestion alternative des transports cumulant les transports collectifs et des solutions innovantes. Ainsi Dominique Bied, de Cap 21, a, lors de plusieurs séances du débat, souligné l’intérêt qu’il y aurait à mettre en œuvre les Plans de Déplacements d’Entreprises, par exemple pour la Cité administrative ou le CHU, premier employeur de l’agglomération. Cette gestion devrait rendre, selon lui, le contournement inutile.

Une meilleure connaissance des impacts a conduit de nombreuses associations à présenter des projets alternatifs. Ces projets, souvent évoqués lors des différentes réunions, ont fait l’objet de présentations publiques les 19 et 20 octobre 2005. Ils représentent deux visions : l’affirmation de la nécessité de « changer de concepts » (Dominique Bied), la recherche de tracés alternatifs ou variantes par rapport au projet présenté.

L’AFFIRMATION DE LA NÉCESSITÉ D ’UN CHANGEMENT DE CONCEPTS

 

Une partie de ces projets concerne une vision de l’évolution des transports conduisant à une conclusion : le contournement n’est pas utile. Il en est ainsi de l’apport de Dominique Bied qui appuie son raisonnement sur le constat de ce qui est pour lui un impératif : « un nouveau management de la mobilité… Repenser la mobilité est un projet sociétal nous permettant de réapprendre à vivre ensemble en tenant compte de l’avenir à long terme de la planète.

Satisfaire la fonction mobilité au meilleur rapport prix, qualité, au minimum d’émissions et de consommations.

On ne vend plus un outil de transport, mais une fonction optimale de mobilité.

Il faut rendre notre économie et notre mobilité moins sensible à la consommation énergétique, gage d’une meilleure compétitivité, sachant que l’énergie sera de plus en plus chère. »

Dominique Bied, tout au long du débat, a donc ainsi proposé :

une conception du transport durable prenant en compte la pénurie de pétrole et le prix de l’énergie,

une proposition de mise en place du dispositif expérimenté avec succès par ST Microelectronics à Grenoble, celui du Plan de Déplacements d’Entreprises (PDE),

la mise en place d’un système de taxis collectifs gérés en temps réel.

 

Il pose donc ainsi la question : « Le contournement, un frein au changement ? Utile à court terme, au tracé prêt… À long terme [il] risque de freiner le changement de concept en mobilisant des ressources financières, mais aussi les motivations en donnant l’illusion que tout ira mieux après ».

Dominique Bied, CAP 21

 

Habitant, associatif

 

7 contributions écrites

 

1 présentation publique

 

07/07/05 (2)

 

09/09/05

 

28/09/05

 

03/10/05

 

20/10/05

 

09/11/05

 

19/10/05

 

 

Dominique Bied, Cap 21 - Réunion de Boos du 22 septembre 2005.

 

« Ensuite, petit détail sur le bruit, si jamais ce contournement est décidé et se fait, il y a une bonne manière de réduire le bruit sur les deux fois deux voies, c’est de baisser les vitesses. Donc, si ce contournement se fait, je suis pour une limitation des vitesses vers les 80, 90 kilomètres/ heure, pour réduire le bruit provoqué par le roulement des pneus sur la route, qui est le bruit essentiel, en termes de bande passante, sur ce genre d’infrastructure. »

 

Dominique Bied, Responsable transport à Cap 21 - Réunion publique de Saint-Étienne-du-Rouvray du 26 septembre 2005

 

« …je voudrais rebondir sur ce qu’a dit Christine Leroy, parce que c’est peut-être la réflexion la plus importante qui a été dite ce soir, c’est qu’il faut changer de mode de pensée. Au lieu de penser : « j’ai beaucoup de trafic, j’ai une saturation et donc je construis des rocades et des routes et des routes et des routes », « je dois au contraire gérer les déplacements, gérer la mobilité, manager la mobilité »."

 

 

par Dominique Bied publié dans : transports de personnes
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Mercredi 15 février 2006

Depuis une trentaine d'années en France, nous n'arrivons pas à tenir les objectifs environnementaux annoncés dans les discours. Les causes de ce phénomène sont plus à trouver dans la façon de conduire ces politiques que dans les boucs émissaires que constituent les lobbies, les Etats-Unis, George Bush ou autre.

Il existe depuis longtemps, dans les entreprises, des outils pour conduire le changement. Ceux-ci ne sont pas appliqués dans la conduite des politiques annoncés dans les programmes électoraux, spécialement au niveau de l'environnement. Pire, on prend des mesures qui aboutissent à des résultats inverses. Ces outils sont ceux employés pour gérer la qualité des produits, gérer les projets, gérer une production. Dans les prochains articles, je ferai souvent référence au fonctionnement du  monde de l'entreprise pour montrer nos carences actuelles dans la gestion du développement durable, et ceci à tous les points de vue.

La gestion de la qualité dans l'entreprise a considérablement évolué depuis les années 60 pour arriver à des résultats exceptionnels (quelques défauts sur une production de 1 million de produits avec des outils popularisés par Toyota en particulier).

La puissance publique ferait bien également de méditer cette citation venant de chez Toyota, donc du monde de l'entreprise de production:

"Toute ressource étant rare et précieuse, cela conduisit logiquement à en chercher l'exploitation optimale, en éliminant tout gaspillage."

Nous sommes très loin, avec le nucléaire (faire croire aux gens que nous trouverons l'énergie infinie), les OGM (épuisement accéléré des sols), la construction échevelée de routes et de parkings (épuisement des ressources fossiles et émissions de gaz à effet de serre), de ce genre de raisonnement, pourtant nécessaire pour la sauvegarde de la planète. Il y a un océan entre la gestion de l'entreprise, qui a prouvé toute son efficacité, et celle de l'environnement. 

 

Toute ressource étant rare et précieuse, cela conduisit logiquement à en chercher l'exploitation optimale, en éliminant tout gaspillage.

En ce qui concerne l'action publique pour maîtriser les émissions de gaz à effet de serre par exemple, les résultats sont pitoyables. Il n'existe pas de management sur le sujet. On fait surtout beaucoup de ronds dans l'eau.   

Commençons par énoncer 4 commandements devant servir de base à des actions efficaces à résultats rapides. Ces commandements sont ceux de la méthode Kaizen, un des outils qualité dans nos usines de production.

1. Abandonner les idées fixes, refuser l'état actuel des choses.

Exemple: refuser la gestion actuel de notre espace urbain et innover.

2. Au lieu d'expliquer ce que l'on ne peut pas faire, réfléchir à comment faire.

C'est peut-être la phrase la plus importante. Vaincre les bloquages, les conservatismes, refuser la reproduction des choses, c'est aller vers les portes d'un développement plus durable. 

Exemple: pour le développement du vélo en ville, il est trop facile de dire que les gens n'en veulent pas ou que c'est dangereux, ou qu'il n'y a pas d'espace. Il vaut mieux se demander quelle est la répartition actuelle de l'espace de voirie et comment on peut la rééquilibrer. Cela passe invévitablement par la diminution de l'espace affecté à la voiture qui en réprésente 90%.

3. Réaliser aussitôt les bonnes propositions d'amélioration.

La puissance publique méconnait ce principe de réactivité. On va de commission en commission, de rapport en rapport. Et après, c'est le grand vide.

4. Ne pas chercher la perfection, gagner 60% de l'objectif dès maintenant.

Un exemple frappant est le développement du carburant gaz naturel pour les véhicules particuliers. Les solutions existent depuis près de 20 ans. Les automobilistes sont toujours victimes des soubresauts du prix du pétrole sans avoir le choix, ce qui est contraire à tout principe de démocratie.

Malheureusement, la puissance publique ne gagne que quelques % par rapport aux objectifs. Même ce qui est facile à faire et qui ne coûte rien ou peu n'est pas fait. Ce sont nos petits-enfants qui paieront la note. Ce n'est pas la peine de parler de déficits publics pour gaspiller à tout va les ressources de la planète.

Finalement, on oublie de faire de l'économie, de la vraie, ne pas dépenser plus que l'on ne gagne, maximiser les profits, y compris ceux de la planète car c'est elle qui nous fait vivre, tout en minimisant les coûts.

 

 

par Dominique Bied publié dans : management et environnement
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Dimanche 12 février 2006

Certes il est bien que des citoyens experts expriment leurs opinions étayées par des chiffres. Mais il est bien plus utile que le lecteur puisse vérifier et valider lui-même les calcules d'ordre de grandeur. Aussi, j'ai pensé que c'était utile de vous donner les différentes manières de calculer les réserves et les consommations énergétiques. Dans ce cadre, il est indispensable de décrire les correspondances entre les unités énergétiques utilisées. De plus, comprendre le système d'unités permet d'avoir de plus justes représentations et donc, dans un deuxième temps, d'avoir les outils de changement de comportements vers une consommation plus respectueuse de l'environnement.

Lorsqu'on veut comparer la consommation d'énergie à ce qu'il reste dans le stock de pétrole (ce que l'on appelle les réserves prouvées, probables, ou ultimes), il est intéressant de l'exprimer en tonnes équivalent pétrole. Cette manière de faire est aussi utile si on veut faire de la prospective sur les usages d'un type d'énergie.

Suivez le guide:

L'unité énergétique de référence est le Joule. L'énergie est une puissance exprimée en watts que multiplie un temps exprimé en secondes.

1 tonne équivalent pétrole équivaut à 42 milliards de Joules.

1 tonne équivalent pétrole équivaut à 7 barils. Le baril est utilisé dans le monde du pétrole pour mesurer les stocks et les consommations.

1 tonne équivalent pétrole équivaut à 11600kWh. Cette équivalence permet, par exemple, de comparer les consommations relatives entre les usages (chauffage et électricité par exemple). Votre facture EDF GDF exprime votre consommation en kWh. Tout un chacun peut ainsi extrapoler les consommations au niveau national  et déjouer la désinformation permanente dont font preuve nos politiques. 

Cela vous permet aussi de comparer la part de votre consommation automobile dans la totalité de votre consommation énergétique (électricité, chauffage, transport). En effet, on considère qu'il faut en moyenne 1kWh pour rouler 1km en voiture.  Chaque voiture française roule en moyenne 15000km par an et consomme donc 15000kWh ou encore un peu plus qu'une tonne équivalent pétrole. Ne faisons pas la fine bouche, pour le calcul mental, retenons qu'une voiture consomme une tonne équivalent pétrole par an. Il y a 650 millions de voitures dans le monde. Je vous laisse faire le calcul et vous comprendrez qu'il est quasi impossible d'envisager l'usage électrique pour les voitures, même avec du nucléaire. 

Pour continuer avec les voitures, 1 cheval vapeur équivaut à 736Watts. Vous saurez ainsi ce que représente une voiture de 100 chevaux.

Ainsi, notre km voiture équivaut à une consommation de 10 halogènes de 100 Watts pendant 1heure, ou encore 1 halogène pendant 10heures.

Question: laissez-vous votre halogène allumé quand vous partez au travail?

par Dominique Bied publié dans : énergie
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Mercredi 8 février 2006

J'ai été interviewé Lundi 6 Février par France 3 Normandie à 18h40 dans l'émission l'invité du jour. J'ai donc travaillé sur le naufrage de l'Ece à l'entrée du rail maritime de la Manche. Pour préparer cette interview, j'ai questionné l'école supérieure de physique et chimie Paris, les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (CROSS), le centre de documentation de recherche et  d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE).  

Vous pouvez l'écouter sur internet au lien suivant: http://www.normandie.france3.fr/videojt puis cliquer sur l'îcone "Haute-Normandie >18h40: l'invité du jour". Vous pouvez l'écouter jusqu'à demain soir. Ensuite, je mettrai en lien le fichier MP3.

Je complète cet interview de 6mn30 par cet article sur la politique maritime que nous devrions mener pour limiter au strict minimum ce type d'accident. En effet, nous avons beaucoup de chances que les conséquences de cette collision soit limitées. Si le bâtiment naufragé avait contenu des produits plus rémanents, le milieu marin aurait une fois de plus subi une agression insupportable.

Pour ce qui est du risque pollution, l'acide phosphorique comporte une partie phosphore, une partie acide. Le phosphore se dissout très rapidement dans l'eau. La vitesse de dissolution dépend des gradients de température et des conditions de mer. Si les gradients de température sont trop forts, on peut avoir des strates d'acide et la dissolution se fera plus lentement. Le risque pour l'environnement est l'apparition d'algues parasites localement autour de l'épave. Ceci dit, on ne sait jamais à long terme ce que peuvent devenir ces algues. Il convient d'assurer un suivi du comportement du milieu autour des épaves et des disséminations éventuelles. Ceci, nous devons bien nous rendre compte que les phosphates générés par l'Ece représentent une infime partie de la pollution des eaux comparée à celle générée par nos rejets quotidiens de produits ménagers dans les rivières et donc dans la mer.

 Pour l'aspect acide, soit les fuites sont à faible débit (inférieures à 20 mètres cubes heure), et le milieu marin non saturé saura neutraliser par réaction acido-basique, soit l'acide est relargué brutalement et on va alors saturer le milieu en acide et abîmer la faune locale.  

Le contexte de la Manche , tout comme celui de Ouessant, est un des plus accidentogènes de la planète pour deux raisons: c'est un des lieux les plus dangereux au monde  par les conditions de mer et où le trafic est le plus dense avec 500 bateaux par jour, ou encore 200 000 bateaux par an. Cette dangerosité est amplifiée par l'augmentation actuelle du trafic due à la mondialisation des échanges. Il convient donc de changer de braquet en matière de politique qualité du transport maritime. Il n'est pas concevable que pour des voitures on cherche des performances de qualité de l'ordre de 10 produits en défaut par million et que l'on ait régulièrement des collisions sur toutes les mers du globe. Les outils qualité sont largement employés, et avec succès dans les entreprises. Dans le domaine du transport en général et maritime en particulier, on s'est plus appliqué, jusqu'à aujourd'hui, à réparer les dégâts qu'à faire de la prévention. Il  convient donc de travailler à obtenir plus d'efficacité dans des politiques permettant d'éviter les accidents. Les méthodes de mise en oeuvre des outils qualité dans nos processus de production nous donnent les éléments pour progresser.  

Les acteurs du transport sont nombreux: il y a les chargeurs (celui qui commande le transport), l'armateur (celui qui investit dans un bateau), les officiers de bord, les équipages, les systèmes de surveillance matériels et humains, la mer, le consommateur, les organismes internationaux, les sociétés de certification, les assureurs, la construction navale et la maintenance des navires.  La sécurité maritime doit être de la responsabilité de tous, il en va de l'avenir de l'océan, et donc de la planète. On pourrait tenir le même raisonnement pour le transport aérien ou routier.  

La première arme pour diminuer les risques d'accident dans le transport des matières dangereuses (comme beaucoup d'éléments concernant l'environnement) est d'avoir des modes de fonctionnement diminuant la consommation de tels produits. Par exemple, laver ses sols à la vapeur d'eau diminue la consommation de détergents ménagers. Une telle pratique multipliée par 6 milliards d'individus permet d'avoir des résultats significatifs. Réutiliser ce que la nature nous donne gratuitement fait aussi partie de ce raisonnement.  

Pour ce qui est de l'accident de l'Ece, il semble que la collision ait eu lieu en amont du point donnant l'obligation aux bateaux de se signaler aux CROSS. Il y a des zones d'ombre dans la couverture radar par rapport aux surfaces de mer à forte densité de trafic. Ce point doit donc être amélioré rapidement. De plus, ce n'est pas très coûteux.  

Les chargeurs doivent être plus soucieux du conditionnement et du transport en amont du chargement sur le bateau. L'armateur est responsable de l'état de son bâteau, de la formation et la qualité des équipages, ce qui pose le problème de la license professionnelle pour l'ensemble du personnel de bord. Les bâteaux sont équipés depuis Juillet 2005 de systèmes de bord permettant d'évaluer les trajectoires de collision. Mais c'est aux capitaines de gérer. Or, les équipages ont parois du mal à se comprendre (problèmes de langues). Il apparaît qu'il faut des équipages mieux formés du haut en bas de l'échelle. On ne peut qu'être étonné du nombre de personnes qualifiés sur un bâtiment militaire par rapport à un navire civil. Les équipages naviguent pendant plusieurs semaines dans des mers à trafic peu denses, et d'un seul coup, se retrouvent confrontés à un trafic élevé avec un état de vigilance pouvant être insuffisant.  

Pour ce qui est de l'état de la flotte, certes la flotte mondiale s'est amélioré depuis 2004. Mais il faut se rendre compte qu'un bateau de 100m sur la mer se comporte mécaniquement comme une poutre qui fléchit. Il subit des contraintes énormes et doit subir des visites de maintenance régulièrement. La règlementation mondiale est-elle suffisante sur ce point. Le nombre de contrôleurs est-il suffisant?  

 Il est maintenant urgent de porter le même soin à la politique de prévention en matière de transports maritimes que pour le contrôle de la dissémination des armes nucléaires ou pour le transport aérien. C'est le rôle du gouvernement d'insister là-dessus plutôt que banaliser l'évènement en disant qu'il n'y a pas de danger pour l'environnement.

  

 

par Dominique Bied publié dans : transports maritimes
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Dimanche 5 février 2006

Pierre met en évidence, dans cet article, des forces économiques et politiques qui s'opposent lorsque l'on prend des mesures fiscales. Les avantages initiaux découlant de certaines mesures peuvent être considérablement diminués par des effets contraires purement économiques. C'est la concept de l'élasticité d'un phénomène au prix. Celui-ci dépend du pouvoir d'achat et des réprésentations.

 

Citons quelques exemples : si on massifie le transport routier, on l’optimise, on baisse donc son coût, et cela favorise son expansion. une baisse de quantité de matières consommées dans les produits fait baisser les coûts et augmenter le volume de ventes. Une baisse de la consommation des moteurs masque l’augmentation du prix du carburant et permet d’augmenter le nombre de kilomètres produits.

 

 Les politiques de décentralisation favorables au transport routier s'opposent à la centralisation des activités économiques permettant de réaliser des économies d'échelle et de favoriser les transports lourds alors rentables comme le rail. Il est donc important dans le débat fiscal de dépasser les analyses limitées aux dualités simplistes rail-route pour aller vers une construction du territoire etc...La réflexion sur l’implantation et la densité des activités économiques doit être menée de front avec le transport de marchandises.

Les pôles d’activités économiques doivent être suffisamment denses et nombreux sur l’ensemble du territoire pour générer des flux suffisants permettant d’utiliser plus de rail que de route.

 

Ceci dit, traiter le problème des marchandises sous l'angle du développement soutenable, aussi diminuer des flux matières en cycle entier, en rapprochant les lieux de production des clients finaux.

 

 N'oublions pas, par ailleurs, que le transport routier ne représente qu'une faible part du trafic global et que c'est la voiture individuelle qui constitue le "poids lourd", si j'ose dire, des nuisances environnementales. Dire que l'on va résoudre le problème "effet de serre" par le ferroutage est pure démagogie si on ne prend pas en compte tous ces éléments.

 

Finalement, on revient à intégrer la contrainte environnementale de manière globale dans le cahier des charges d'une des fonctions essentielles de la vie, le transport de biens.

 

Je vous laisse avec l’article de Pierre.

 

Report modal pour le transport de marchandises et aménagement du territoire : deux politiques difficilement conciliables.

 

 

Précisons tout d’abord quelles sont les ambitions de ces deux politiques, nous verrons ensuite que les concilier soulève un certain nombre de difficultés.

 

La France est un Etat centralisé. C’est une situation  que les politiques de décentralisation n’ont que peu remis en question. Aussi, notre pays n’est pas prêt de s’apparenter à un état polycentrique à l’image de l’Allemagne par exemple. Face à l’enclavement d’un certain nombre de régions françaises, l’Etat, par l’intermédiaire de la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale (DATAR) a comme première ambition de mener une politique favorisant le développement des territoires les moins dynamiques. Dans le même temps, la France soutient les pôles et les régions prospères pour leur permettre de constituer des maillons de la métropolisation européenne voire mondiale et ainsi d’attirer les facteurs mobiles de la croissance.

 

Concernant la politique en faveur d’un report modal de la route vers les modes alternatifs tels que le rail, la barge ou le transport maritime de courte distance, précisons que ces modes lourds nécessitent d’importants volumes pour  « tenter » d’être rentables. Si le transport de wagons isolés a hier fait la gloire du rail, il s’agit aujourd’hui de l’activité la plus difficile à rentabiliser pour la SNCF comme pour les autres opérateurs ferroviaires européens. Face à cette situation, l’essentiel de l’avenir du fer se concentre sur les grandes lignes génératrices d’importants volumes.

 

Apparaît alors une première difficulté étant donné que l’Ile-de-France génère à elle seule une importante partie des flux de marchandises en France. De fait, les autres territoires échangeant d’importantes quantités de marchandises se comptent sur les doigts de la main. Seuls la région Rhône-Alpes centrée autour de Lyon, les ports du Havre et de Marseille et dans une moindre mesure le Nord Pas de Calais parviennent à générer suffisamment de flux pour développer des services ferroviaires massifiés.

 

De plus, les modes alternatifs à la route acquièrent une pertinence économique lorsqu’il est possible d’équilibrer les flux dans les deux sens. Or, la France étant plutôt importatrice qu’exportatrice, il est difficile de mettre en place des services de navettes ferroviaires depuis les deux grands ports français. De nombreuses raisons que nous n’aborderons pas dans cet article freinent le développement des modes lourds dans la desserte portuaire française, mais une d’entre elles est le déséquilibre entre les flux en import et en export. Ceci constitue donc la deuxième difficulté à laquelle est confrontée toute politique en faveur des modes alternatifs à la route en France.

 

Notons que nous ne considérons, dans ces deux derniers paragraphes, que des difficultés d’ordre structurelles liées à l’organisation de l’espace français.

 

Ainsi, il apparaît avant même la mise en place d’une politique volontariste en faveur des modes alternatifs à la route, que le développement des modes lourds en France est contraint par des paramètres intrinsèques à l’organisation spatiale et économique du pays. Toujours est-il que de l’avis des français les moins favorables au transport routier, il ne faut pas pour autant s’arrêter à ses considérations, mais entreprendre des mesures permettant de soutenir les modes alternatifs à la route. Un des leviers fréquemment cité, consisterait à taxer fortement le transport routier. Nombreux sont ceux de droite comme de gauche, qui s’accordent à dire qu’il suffirait de courage politique pour mener une telle réforme. Evaluons néanmoins, a priori, les conséquences d’une telle mesure sur l’économie et surtout sur l’aménagement du territoire.

 

Imaginons qu’un gouvernement français décide de pénaliser lourdement le transport routier, à l’image de ce que les Suisses ont entrepris par l’intermédiaire de la Redevance sur les Poids Lourds et leurs Prestations (RPLP), revenant en moyenne à multiplier les coûts d’un transporteur routier par un taux compris entre 1,5 et 1,8 en fonction de la vétusté de son parc de poids lourds.

 

Il ne nous apparaît tout d’abord pas forcément judicieux, à terme, de maintenir indirectement sous perfusion le transport ferroviaire, étant donnés les résultats que nous avons déjà constatés par le passé. Une activité fortement soutenue, soit par des subventions, soit par des taxes sur l’activité concurrente, est rarement incitée à entreprendre les réformes parfois difficiles mais souvent nécessaires lui permettant de rester compétitive à long terme. Etant données les difficultés rencontrées pour réformer le système ferroviaire alors qu’il devient de moins en moins souvent compétitif face à la route, nous voyons mal comment moderniser le fret ferroviaire français,  alors qu’il ne se sentirait pas en danger. De même, les nouveaux entrants dans un marché ferroviaire libéralisé seraient moins incités à réaliser des gains de productivité si la concurrence routière s’avérait affaiblie.

 

Certes, sur les segments générateurs de volumes, le rail prendrait probablement le dessus sur la route qui deviendrait alors trop chère pour être compétitive. Néanmoins, le coût d’une liaison de transport ferroviaire, entre deux points générant d’importants volumes resterait élevé. Ainsi, les grands pôles français seraient certes renforcés par rapport aux régions moins à même de massifier les flux en utilisant le transport ferroviaire pour leurs acheminements, néanmoins ils ne disposeraient pas forcément d’un avantage concurrentiel par rapport aux autres grandes métropoles européennes. Prenons l’exemple de la Suisse. Les prix y sont élevés, certes ils l’étaient déjà bien avant l’introduction récente de la RPLP pour d’autres raisons que nous n’aborderons pas ici. Néanmoins, un prix élevé du transport ne favorise pas la réduction des prix, en particulier ceux de la grande distribution. Rappelons que le transport représente tout de même en moyenne 40% de la structure des coûts liés à la logistique des grands distributeurs.

 

En outre, en taxant lourdement le transport routier, les entreprises ne pouvant être desservies par des modes alternatifs à la route en seraient d’autant pénalisées. Certaines sociétés concernées seraient alors incitées à délocaliser leur chaîne de production pour rester compétitives face à la concurrence des industries implantées sur des territoires où l’approvisionnement en marchandises est considérablement moins cher. Ces délocalisations pourraient d’ailleurs s’orienter vers les grands pôles français, mais aussi vers l’étranger.

 

Au final, non seulement l’objectif de répartition des activités et des populations sur le territoire français ne serait pas rempli, mais les pôles français ne seraient pas forcément renforcés. Il apparaît donc qu’une mesure de pénalisation forte du transport routier, qui a première vue devrait permettre un report modal de la route vers le rail, ne constitue pas forcément la panacée attendue, d’une part d’un point de vue économique pour la France , ce que l’on pouvait pressentir en augmentant les coûts du transport, et d’autre part en terme d’aménagement du territoire.

 

Quand bien même nous réaliserions le vœu pieux que le transport ferroviaire de marchandises aille, dans les années à venir, franchir un cap technologique lui permettant d’améliorer considérablement son image auprès des industriels, les modes lourds auront toujours besoin d’importants volumes pour être pertinents. Or ces derniers existent essentiellement entre les grands pôles d’activité. C’est la raison pour laquelle, si le report modal de la route vers des modes alternatifs doit évidemment rester un objectif pour les politiques publiques françaises, en particulier pour des raisons de santé publique, cet objectif ne va pas forcément de pair avec les ambitions actuelles de la politique d’aménagement du territoire.

 

 

 

 

 

 

par Pierre Franc, introduction de Dominique Bied publié dans : transports de marchandises
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