Samedi 13 janvier 2007

La logique actuelle de l'entreprise est de maximiser ses ventes et de diminuer ses prix de revient pour maximiser ses profits. Il s'agit donc bien de vendre un bien ou un service en minimisant les prélèvements sur ces ressources.

Les politiques publiques compatibles avec le développement durable sont aussi celles qui permettent de fournir à une population les outils pour vivre au quotidien en minimisant les prélèvements de ressources sur la planète, que l'on peut considérer comme un capital. 

La logique de la qualité dans l'entreprise est de diminuer les rebuts et les retravaillages de produits pour baisser ses coûts de non qualité.

La logique de la qualité dans l'environnement est de faire décroître les activités réduisant le capital de la planète et de faire croître les autres. C'est au politique de le faire.

Ces 4 phrases montrent qu'environnement n'est pas en opposition avec économie, mais que faire de l'environnement, c'est faire de l'économie et donc du social. Le 21ème siècle doit inverser les priorités entre ces trois domaines. L'environnement doit être au coeur des politiques publiques. Aujourd'hui, c'est un strapontin.

La réforme de la manière dont on compte dans un bilan d'entreprise ou dans un budget de l'état est indispensable. Il faut revoir les normes comptables au niveau mondial. 

par Dominique Bied publié dans : environnement et économie
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Jeudi 14 décembre 2006

 Une fois de plus, le gouvernement annonce des mesures en faveur du pouvoir d'achat sans se rendre vraiment compte des ordres de grandeur qui pourraient permettre de changer en profondeur les conditions de vie des ménages. Les quelques mesures correspondent à quelques places de cinéma par personne et par mois. L'ordre de grandeur est la dizaine d'euros. Ce dont on besoin les ménages français, c'est un odre de grandeur de la centaine d'euros. Comment y arriver?

Aussi bien Jacques Chérèque de la CFDT que Robert Rochefort du CREDOC ce matin sur France-Inter ont bien identidié le problème. Le logement et le transport sont les deux postes qui plombent le budget des ménages français. En fait ils représentent la moitié de ce budget. 

Etant donné que les entreprises ne peuvent supporter une augmentation des salaires bruts car les prélèvements sociaux des entreprises françaises sont les plus lourds au monde et cela nuirait à leur compétitivité de celles-ci, la seule marge de manoeuvre se situe au niveau de la réduction des dépenses minimum nécessaires à une vie digne.

C'est donc sur le levier du transport et du logement que sont les marges de manoeuvre. Or les mesures prises sur ces deux postes sont monétaires (des aides) alors qu'aucune mesure organisationnelle n'est évoquée. Par exemple, construire un urbanisme, une organisation des transports, une organisation des mobilités qui évitent à un ménage d'être contraint d'avoir deux voitures au lieu d'une permettrait de faire une économie de 200 euros par mois minimum.

Les plans de déplacement entreprises, écoles, administrations, sont une méthode peu chère pour l'état permettant d'atteindre cet objectif. Rien n'a été fait en France, à grande échelle, sur l'organisation des mobilités. Il serait temps que pour la compétitivité de notre économie et des territoires, le pouvoir d'achat des ménages, les problèmes d'environnement, et finalement notre liberté, nous organisions une intelligence collective des mobilités grâce aux outils informatiques existants. 

L'automobile peut être un plaisir. C'est un cauchemar lorsque la structure de notre urbanisme et de nos modes de vie nous contraint à circuler seul pour satisfaire nos besoins, lorsqu'elle nous ruine, ainsi que notre commerce extérieur, nous fait perdre plusieurs millions d'heures de travail et plusieurs millions d'heures de temps libre par an en France.

Le diagnostic des syndicats, du CREDOC est bon. Les solutions sont archaïques, d'un autre âge, manquent totalement d'innovation. Donner plusieurs centaines d'euros de marge de manoeuvre aux ménages se fera en travaillant collectivement sur notre manière d'exercer les fonctions de base de la vie que sont le logement, les déplacements, l'énergie. Il est temps de changer de paradigme. Nous ne dépendons de personne pour réaliser cela. Nous avons toutes les cartes en main. Nous pouvons donc le faire.  

 

par Dominique Bied publié dans : environnement et économie
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Mardi 31 octobre 2006

L'ouverture des échanges mondiaux n'a pas encore produit tous ces effets. Certains, n'ont encore jamais, sur aucun média, été analysés dans toute leur dimension. Cet article ouvre un champ énorme de réflexions, montre comment l'attractivité d'un pays ou d'un territoire, se combinant avec la redistribution des flux financiers et la recopie de modes de vie extrêmement prédateurs pour la planète entière, peut amener à un désastre économique et environnemental par effet de saturation. Il convient de prendre en compte la capacité d'assimilation du milieu.

Transposons le chiffre suivant à la Chine et l'Inde: 80% des richesses sont détenues par 20% des gens. Sur ces deux pays, nous avons plus de 2 milliards d'habitants. Nous allons alors allègrement vers 400 millions de nouveaux riches, soit en gros la population de l'Europe. 

Or la France est le pays le plus attractif du monde en terme touristique, et même économique. Si, ne serait-ce qu'un petit pour cent de cette population vient visiter ou habiter  notre pays, alors notre population augmenterait temporairement de 6% avec une répartition par paquets sur notre territoire. Si nous n'anticipons pas les problèmes environnementaux au niveau local, alors nous courons vers une dégradation extrême de nos territoires. Il est plus qu'urgent de fabriquer des modèles de migrations saisonnières performants, représentatifs de la réalité mondiale, pour apprendre à gérer cette situation. Si l'aménagement du territoire est mal maîtriser, on va saturer les milieux, si on freine les migrations, les prix de l'immobilier vont monter par excès de demande insatisfaite. 

Dans un tel contexte, l'urbanisme et la mobilité sont des points majeurs à étudier. La gestion de l'habitat, en particulier sur l'offre pour maîtriser les prix, est indispensable pour que la population locale puisse encore habiter chez elle. Car bien sûr, les salaires ne suivront pas l'augmentation des prix d'un immobilier non maîtrisé. Est-ce que nos réseaux sont suffisamment dimensionnés?

On voit donc qu'en croisant 4 paramètres comme le fonctionnement du capitalisme mondial, l'attractivité économique et touristique d'un pays, la progression des inégalités, la dynamique démographique mondiale et sa répartition dynamique, on aboutit à des raisonnements totalement différents et absents des débats d'aujourd'hui.

Il y a impérieuse nécessité à perfectionner les modèles démographiques au niveau de la recherche. Il ne faut donc surtout pas abandonner à un triste sort les sciences humaines, ce qu'hélàs, Mr Sarkozy, dans sa vision utilitariste de l'université, s'apprête à faire. Les problèmes viendront peut-être là où on ne les attend pas.

Ces migrations seront peut être une chance ou un désastre suivant la manière dont nous allons gérer et anticiper.

Une meilleure répartition des richesses serait aussi la bienvenue pour aboutir à une sorte d'aménagement du territoire à l'échelle mondiale. A ce problème s'ajouteront les migrations dues au réchauffement climatique.

par Dominique Bied publié dans : environnement et économie
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Lundi 1 mai 2006

Au moment où les couches les moins favorisés de la société sont touchées, au plus profond de leur vie quotidienne, par une crise d’adaptation à un monde en mouvement, il est utile, à partir d’éléments concrets, de se poser la question des leviers d’actions possibles pour le monde politique sur le plan économique. Par ailleurs, la concurrence mondiale maintient une pression sur les salaires empêchant toute augmentation substantielle. Il est alors naturel de dire que la seule manière d’améliorer substantiellement la marge de manœuvre financière des ménages est de construire les conditions pour que ceux-ci aient moins de dépenses à confort quasi identique. C’est là que se situent les principaux leviers de l’action publique. 

 

Le tableau suivant, issu des données 2001 de l’INSEE, donnent la structure des dépenses des ménages par catégories socioprofessionnelles.

Ces chiffres sont riches d’enseignement. On voit que le logement, les combustibles et les transports représentent en moyenne toute catégorie sociale confondue près de 33% des dépenses. L’enseignement, lui, ne représente que 0.5% des dépenses, soit 66 fois moins.

Si on regarde par catégorie, un cadre dépense 20 fois plus d’argent dans son transport que dans l’enseignement, un ouvrier ou un employé 60 fois plus. 

 

Le salaire médian, celui qui partage la population en deux parties égales est de 1250 Euros nets par mois après déduction des impôts et cotisations sociales et hors revenus du patrimoine (source "alternatives économiques hors-série N°69 encadré page 18"). Prenons l’exemple d’un couple vivant sous le même toit ayant une voiture et une surface habitable de 50m2. L’ensemble de ces deux postes mangent au minimum 1000 Euros par mois, autant dire que la moitié des actifs français vivent dans la galère, ce qui représente à peu près 15 millions de personnes. Le plus préoccupant est que la descendance de ses personnes se trouvet lourdement handicapée pour l’avenir.   

 

Si on considère que le progrès se situe dans la facilité d’accès à la connaissance pour tous, un cadre de vie de qualité pour tous, une  liberté de choisir sa vie pour tous, un accès aux revenus de la finance internationale pour tous, un avenir de qualité pour la descendance, alors on ne peut se satisfaire d’une politique donnant un résultat économique aussi affligeant. Le problème français est évident, il crève les yeux, les revenus nets d’une grande partie de la population sont trop faibles. La population la mieux servie a de plus accès aux revenus du patrimoine, ce qui accentue les inégalités. Cela ne serait pas grave si, comme le pensait John Rawls, tout le monde avait de quoi vivre dignement avec des vrais choix de vie. On est en fait loin du compte. 

 

Les solutions, suite à ce constat, apparaissent alors évidentes.

La masse salariale des entreprises ne pouvant augmenter, il faut transférer d’urgence les cotisations sociales sur d’autres revenus pour augmenter le salaire net, diminuer l’impôt sur les sociétés pour aider les petites entreprises à investir en France et exporter plus, augmenter l’impôt sur le revenu qui ne représente aujourd’hui que 20% des recettes de l’état alors qu’aux Etats-Unis et en Europe du Nord ils représentent à peu près 50%. La restructuration de la TVA semble nécessaire pour tenir compte de l’état social du pays et de l’état de la planète. Une TVA faible pour les produits de première nécessité et plus forte pour les produits de luxe et les produits épuisant les ressources naturelles serait la bienvenue. Rappelons que nous pouvons baisser la TVA jusqu’à 15% sans l’avis de l’Europe. Nous avons donc une marge de manœuvre sur le sujet.  

 

Ensuite, il y a des mesures structurelles à prendre sur la mobilité et le logement. L’urbanisme et les transports collectifs dont la voiture (voir mon article "changer les usages de l’automobile") doivent être construits pour effectuer les fonctions de la vie à moindre coût énergétique. Le coût énergétique de fonctionnement du logement doit être le plus faible possible grâce aux énergies alternatives et la spéculation immobilière doit être maîtrisée par des constructions en nombre suffisant. 

 

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour aider les gens, sous peine d’explosions sociales répétées et de perdre notre démocratie.

par Dominique Bied publié dans : environnement et économie
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Jeudi 26 janvier 2006

Notre société et les agents économiques qui la composent ont construit des modèles de marché qui nous amènent dans le mur socialement et plus vite qu’on ne le croit. En effet, les derniers chiffres de l’INSEE sur les dépenses des ménages par catégories socio-professionnels montrent des dérives qui doivent nous interpeller. 

 

Les fonctions de base de la vie, celles sans lesquelles rien d’autre n’est possible,  sont de plus en plus chères : se loger, s’alimenter, se déplacer, se soigner. A l’opposé, les fonctions annexes elles, sont de moins en moins chères (l’électronique, les produits immatériels etc…) voire à la limite gratuite. Cette dualité, couplée à la forte inégalité des revenus et des patrimoines et surtout son augmentation, diminue les capabilités (au sens d’Armatya Sen, prix Nobel d’économie) des populations les plus fragiles.

Il ne faut pas s’étonner que nous soyons au bord de l’explosion. Les politiques économiques nouvelles, si on veut résoudre les problèmes sociétaux, doivent être entièrement revus pour inverser cette tendance. Les dépenses les plus lourdes sont les transports, le logement et l’énergie. Ce sont ces trois leviers qu’il faut actionner. Construire pour diminuer le coût du foncier, construire intelligemment pour minimiser la dépense énergétique, diminuer la dépendance à l’automobile pour réduire le coût du transport. La solution ne passe pas par un encadrement des prix de l’énergie comme j’ai pu l’entendre aujourd’hui de la bouche d’une représentante d’une association de consommateurs, mais par une transformation de nos manières de concevoir et de nos usages.   

 

Il est tout de même consternant de voir que dans le quartier Vauban à Fribourg en Brisgau on construit des maisons passives consommant 15kWh de chauffage par mètre carré et par an depuis 1996 alors que nous consommons 10 à 20 fois plus. Mais déjà en 1988, ils étaient à 65kWh par mètre carré et par an. Nous sommes incapables de démultiplier ces expériences par manque de volonté politique. Pour réaliser cela, il ne faut pas faire de l’architecture à 4 sous, mais travailler dur pour fournir des solutions où le coût global en investissement et fonctionnement, à confort égal, est bien moindre qu’aujourd’hui. Si le travail de conception est bien mené très en amont, et ce n’est pas la partie la plus coûteuse, tout est possible. Nous n’avons pas le droit de priver les populations fragiles de logements qui leur coûteront peu à l’usage, de se déplacer à moindre frais. C’est une nouvelle manière de voir le social qu’il faut impulser. Bien gérer notre environnement, c'est aussi faire de la justice sociale. La justice sociale passe par la justice écologique. 

 

Bref, faire de l’environnement et du développement durable, ce n’est pas qu’un concept de riches. Il faut d’urgence inverser l’échelle des prix pour redonner des marges de choix et de capabilités à la majorité de la population. Aujourd’hui, nous en sommes encore à fabriquer des rustines.  

par Dominique Bied publié dans : environnement et économie
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