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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 23:54

Je reviens d'un voyage de vacances et d'études dans 5 pays d’Europe: Belgique, Hollande, Danemark, Suède, Allemagne. J’y ai gravé les images d’un urbanisme et d’une urbanité apaisée. Les articles qui vont suivre sur ce blog vont être accompagnés de nombreuses photos et commentaires sur la cohabitation du vélo avec les autres usagers de la route. C’est une vraie conception de la liberté qui nous est proposée. Voici les premières impressions qui tiendront lieu d’introduction. Elles contrastent avec une vraie culture anti-vélo très française et relayée de façon très pernicieuse par la presse. Je vais montrer et mettre en évidence ces différences de culture. En France, le vélo on en parle mais on fait toujours aussi peu (globalement parlant), ailleurs, on ne dit rien et on fait, c’est toute la différence. 

 Je suis sidéré de l'écart gigantesque (un océan qu'il faut regarder au delà des statistiques en pourcentage de déplacements) sur la culture vélo entre tous ces pays et le nôtre malgré tous les discours politiques et les opérations tape à l'œil, les nominations d'affichage et le travail formidable réalisé par la fubicy et les associations depuis de nombreuses années. La politique cyclable de la France me fait honte par le rythme de son évolution et par le différentiel avec ces pays. Quand je vois la qualité de vie de ceux-ci sur la voirie, il y a longtemps que j'aurai quitté la France si j'étais plus jeune et sans famille constituée.
 
En Allemagne et aux Pays-Bas, je n'ai pas trouvé une seule nature de voirie (nationales, urbaines, rocades, etc...) non bordée d'aménagements cyclables. Il y a des milliers de vélos qui circulent sans que cela ne provoque des notes de répression de la préfecture de police. Il n'y a pas de détours ni d'effets de coupure. Tunnels et passerelles permettent de rendre les parcours vélos très courts. Les automobilistes lèvent systématiquement le pied s'ils voient un cycliste au loin. Je ne me suis jamais fait klaxonné ni serré. Le vélo va partout (même dans les zones portuaires et industrielles dures) au même titre que le piéton et tout est fait pour lui faciliter la vie. Il peut passer dans les sens uniques, parfois sur les trottoirs. La courtoisie et le partage sont les maîtres-mots de ces gens. Il y a peu de scooters chez les jeunes, peu de motos. Le vélo est roi, on drague à vélo, on sort à vélo, on papote à vélo, on fait ses courses à vélo, on conduit ses enfants à vélo, quelque soit les conditions extérieures.
 
Il faut noter qu'en Allemagne, les routes de gabarit national 2X1 voie de 3M50 sont limitées à 70. Même un vélo sur la route et non sur la piste est en sécurité. On évolue dans un environnement apaisé. Un automobiliste ne s’avisera jamais de doubler un vélo si une voiture arrive en face. En Suède, le premier réflexe d'un automobiliste voyant un vélo est de lever le pied et non d'accélérer pour le doubler sous prétexte qu'il lui fait perdre son élan. Je n'ai pas vu un seul automobiliste ne pas s'arrêter avant de tourner à droite pour ne pas couper la route du vélo qui va tout droit, etc...... Tous les trains acceptent les vélos moyennant un coût de 1.5 euro. Non, le vélo n'est pas l'apanage de la seule ville d'Amsterdam, il est partout, dans le moindre village, pratiqué par tous les âges.
 
Il est grand temps de changer de braquet en France et les élus dans leur immense majorité ne mettent pas tout en œuvre avec constance, homogénéité et compétence sur l'ensemble de notre territoire pour que tout le monde puisse utiliser ce mode de transport efficace. Nos villes sont un véritable enfer à côté de la vingtaine de villes nord-européennes de tout profil que j'ai visitées. Je cite: Bruges, Ostende, Niewport, Tilburg, Delft, Rotterdam, La Haye, Groninge, Lübeck, Copenhague, Malmö, Lund, Brême (patrie de Mercedes), Roskkilde, Arnhem, Zwolle etc... A l'inverse, si le vélo n'était pas tant utilisé, leurs villes seraient un enfer.
 
Dans ces pays, nous avons une merveilleuse sensation de liberté, sans être ni mettre en danger. Le piéton est plus libre que le vélo, lui-même plus libre que la voiture. Il est peu verbalisé car considéré comme peu dangereux.
 
 Sur la place centrale de Brême, tramway, bus, vélos, piétons et voitures utilisent et partagent le même espace. Il n'y a pas de notions de territoires (les trottoirs sont bas), chacun fait attention à l'autre, jusqu'au chauffeur de tramway qui ralentit sa vitesse si un groupe de piéton traverse la voie pour accélérer légèrement ensuite. Chez nous, de ce point de vue, les véhicules motorisés nous terrorisent. Nous ne sommes ni dans une démocratie, ni dans un pays libre sur nos voiries. Il n'est pas normal que nos enfants et leurs parents n'osent pas envoyer leurs enfants à l'école à vélo. Ils sont privés d'un droit élémentaire, celui de se déplacer par le mode de leur choix. Or si on veut que le vélo se développe en France, il faut fabriquer une génération vélo massive dans l'école. En Allemagne, en particulier à Brême, dès 3 ans, de nombreux parents offrent à leurs enfants des petites draisiennes pour favoriser l'équilibre.
 
Chers élus et techniciens territoriaux, réveillons-nous et sortons de notre nombrilisme d'un autre âge. Le paradis du vélo est ailleurs, mais il peut arriver chez nous pour le bien du plus grand nombre. Il suffit de le vouloir et d'un peu de constance. La politique des petits pas ne suffira pas, il faut autre chose.
 
Le reportage photo qui suivra est édifiant. La démonstration est éclatante.
 
En France, nous avons des territoires segmentés et des règlements avec les répressions associés ; dans ces pays, les territoires sont partagés et ce sont les comportements qui font la réglementation. La voiture n’a jamais la loi sur la voirie hors autoroute.
 
Dans ces pays, la loi du plus faible est toujours la meilleure.
 
 
 

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

leroy 12/09/2007 20:07

-   quelle a été votre """ empreinte CARBONE """ de ces vacances   - uniquement TRAIN + VOITURE ou Bagnole ,,  -  en comparaison avec les """ zécologistes-hélicoptère """     ARTHUS BERTAND  , HULOT and co...--  comment expliquer  la   """" SAUVAGERIE """ des conducteurs    ALLEMANDS et NEERLANDAIS en franchouillerie  ?? ou ils ne sont quasi jamais sanctionnés    S 'ils se comportent si bien chez eux    -- MEPRIS   --  RELACHEMENT CHEZ LES  SOUS-HOMMES ???   les arriérés franchouillards    -  décompression  ??  - RéAPPARITION DE LEUR VRAIE NATURE  

Dominique Bied 13/09/2007 01:27

Mon emreinte carbone est facile à calculer. 3000km à 200g par km de CO2, soit 3000 fois 2 10 puissance -4 tonnes, soit 0.6 tonne de carbone.. C'est peu à côté de toutes prises de vacances en avion. D'autre part, je n'utilisais ma voiture que pour les transferts.Depuis 10 ans, j'ai baissé mon kilométrage voiture de 15000km par an. Ce n'est pas suffisant, mais c'est déjà pas mal. 

Yann LE MARTRET 05/09/2007 17:16

Bonjour,Je ne peux qu'applaudir des deux mains les conclusions de vos "devoirs de vacances" en ajoutant que c'est précisément la lecture de ce dernier article qui m'a donné envie aujourd'hui de réagir après plusieurs mois de lecture régulière de votre newsletter consacré au développement durable...Géographe-urbaniste spécialisé sur la problématique de la mobilité urbaine depuis une dizaine d'années, je partage totalement votre stupeur sur cette "anticulture du vélo" qui règne encore largement dans les têtes de nombre de nos concitoyens et en particulier sur celles de certains de nos édiles.Comment peut-on encore priver nos enfants du droit d'utiliser leur vélo pour se rendre à l'école ? Et pour combien de temps encore, les rues de nos villes et de nos villages ne seront traitées que comme des tuyaux destinés au seul passage de voitures individuelles ?Car au delà de la problématique de la place du vélo en ville c'est bien la place de l'individu tour à tour jeune ou moins jeune, piéton , automobiliste ou cycliste ... qui se pose. Quelle(s) ville(s) souhaitons nous pour demain ? Celle de l'individualité, du replis et du chacun pour soi ? ou celle du partage, de l'ouverture, du bien-être et finalement de la construction commune ?Heureusement, les choses semblent bouger de plus en plus vite et je me réjouis de l'évolution des usages que l'on ne peux que constater dans nos villes depuis quelques mois... Cf. Vélo'lov à Lyon, VéloLib à Paris ... Alors, oui, le vélo change la ville et c'est tant mieux mais il est aussi annonciateur d'autres visions du vouloir vivre ensemble et c'est au fond encore plus important.Merci encore pour votre article et plus encore pour votre site. J'attends personnellement avec impatience les futures photos de vos périgrinations estivales... Et vive l'Europe surtout si c'est celle du partage des cultures !