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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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18 janvier 2006 3 18 /01 /janvier /2006 22:56

Lorsque l'on veut passer aux phases opérationnelles de mise en oeuvre du développement durable, il est utile de s'interroger autant sur le contenu de la croissance que sur le chiffre en pourcentage. En partant de cette question, il est intéressant de s'interroger sur ce qui fait le fondement même de la croissance des entreprises. Comment peut-on la rendre vertueuse pour être en accord avec le concept de développement durable.  

Françoise Cocuelle, actuelle présidente du centre des jeunes dirigeants, disait, lors des universités d'été de cap21 à Pezenas: "le but essentiel d'une entreprise est de grandir".  

Interrogeons nous sur le contenu de ce mot grandir. Comment une entreprise peut-elle croître? Que fait-elle croître. Que veut-elle faire croître? Se poser ces questions amènent à trouver des propositions parfois très antagonistes.   

Il est communément admis dans le monde économique et dans le monde de l’entreprise que grandir signifie augmenter les volumes de production de biens et de services afin de pouvoir baisser les prix de revient, mieux amortir les investissements lourds, la recherche et développement, faire des économies d’échelle sur les tâches administratives.  

C’est là que le concept même de croissance porte en son sein les dégâts sur l’environnement. En fait, tout dépend de l’activité de départ d’une entreprise.  

Si le créateur intervient dans une activité qui dévalorise le  "patrimoine public" que constitue la planète, faire croître les volumes dans ces conditions devient vite incompatible avec la notion de croissance soutenable.  

Il est aisé de trouver quelques exemples :  

·        une entreprise de chimie, créée initialement pour aider l’agriculteur dans la fertilisation de ses terres, après avoir été pérénisée, cherchera à faire croître ses volumes de vente dans une stratégie verticale et sectorielle, hors de toute réflexion systémique sur l’agriculture, oubliant le service initial proposé pour démultiplier son nombre de clients et le volume vendu par client. Cet effet amplificateur, présent dans l’essence même de la volonté de croissance de toute l’entreprise, induit alors des dégâts considérables sur l’environnement, anihilant alors l’avantage initial proposé au monde agricole.  

·        Le monde de l’automobile pensant avoir une position vertueuse en travaillant sur le moteur propre, voit cette action positive quasiment annulée par le croisement de l’augmentation des volumes de vente et la montée en gamme avec l’usage individuel des véhicules. L’amplification de cet usage par le facteur démographique devient insoutenable avec une croissance exponentielle de la consommation d’énergie fossile et corollairement des émissions de gaz à effet de serre.  

·        La diminution des volumes de plastiques utilisés dans les objets de la vie courante au travers de la diminution des tailles est annulée par l’augmentaion considérable des volumes de production en diversité et en nombre. 

Cet antagonisme actuel entre croissance des entreprises et développement durable doit orienter notre vision stratégique de l’économie. L'entreprise elle-même doit s'interroger sur la nature de son développement et de ses processus, trouver des niches de croissance à impact optimisé.

 

 

 

 

 

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Published by Dominique Bied - dans environnement et économie
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commentaires

Bernard Giribaldi 19/01/2006 20:47

Bonjour
J'ai lu votre article , et le commentaire "1" publié .
Pour moi la conclusion logique de votre article serait de vous méfier de la croissance , et de prononcer le mot de "décroissance"
Ce mot "décroissance" semble être un tabou , pour tous nos politiques qui nous ont demandés dans leur grande majorité de voter OUI à la constitution européenne .
Sur le commentaire 1 , je ferai remarquer que la surpopulation de la planéte est un vrai problème , qu'il ne faut pas avoir peur d'aborder .
L'idée d'exterminer les gens , mais c'est scandaleux de dire des choses pareilles , on peut tout à fait constater que nous sommes trop nombreux et le dire , sans pour autant penser à s'entre-tuer !!!
Il faut éduquer les gens , les sortir de la misère , favoriser la contraception , lutter contre les idéologies religieuses et capitaliste qui poussent sans arret à la natalité ... bref il y a beaucoup de chose à faire , sans immédiatement parler de choses aussi horribles , comme dans le commentaire 1 .
 
 

Dominique Bied 19/01/2006 23:03

Je réponds aux deux commentaires pour compléter cela. Les mots croissance et décroissance sont beaucoup trop abstraits pour avoir un sens. Le sens est donné par ce que chaque être humain souhaite librement, par la dignité que la collectivité humaine et les activités qu'elle génère donne à tout habitant de cette planète.
La croissance, telle qu'elle est entendu est une construction mathématique permettant de compter la valeur ajoutée des acteurs économiques. Cette comptabilité, à cause des découvertes nouvelles sur la valeur patrimoniale de notre maison terre, est obsolete.
La décroissance n'a donc pas plus de sens. Il faut remettre l'économie au service de l'homme et réapprendre à réfléchir en termes de services rendus (voir mon article changer les paradigmes de l'économie.) à minima de prélèvements sur les ressources terrestres qui nous sont offertes et à maxima d'enrichissement du patrimoine terre.    

Eric LANGERMANN 19/01/2006 19:49

Bonsoir,Et un grand MERCI pour cet article. Tout d'abord parce que Dominique ose dire les choses, sans détour et en cessant de s'adresser à des bobos ignorants. Le citoyen responsable est en effet bien plus qu'un doux rêveur amoureux des petites fleurs. Il nous faudra savoir pratiquer notre savoir avant d'affronter nos adversaires et nos certitudes ne suffiront pas.Ensuite, parce que Dominique aborde ce qui semble être un des grands paradoxes des défenseurs du développement durable : se dévellopper dans un environnement durable.Nous abordons-là des arguments très en vogue dans ce qui est une véritable vague : les tenants de la "décroissance", ceux qui ne voient dans l'avenir de la planète avec humains que le passage par une très forte décroissance. Ils oublient au passage de dire comment ilsq vont executer les centaines de millions de personnes en trop sur Terre et comment ils vont organiser la sélection et la déportation de tout ce petit monde...Nous pourrions disserter sur les théories des partisans de la décroissance, mais je crois sincèrement que CAP21 représente l'essence même de l'espoir inverse, c'est écrit dans ses statuts et dans ses valeurs.Car nous devons aussi sortir de la logique de l'économie pour la repenser autrement. C'est à dire et par exemple, Ne pas construire un nouveau modèle économique durable sur des chiffres de productivité supérieurs à 10% comme il est de coutume en France particulièrement, on voit le résultat  dans l'industrie : une entreprise est bien plus viable, on le voit aujourd'hui, sur le long terme, avec un croissance à 5% qu'une autre avec 12% s'éssoufflant. je schématise, bien sur, mais je veux ici tirer l'idée de mon propos.Ensuite, toute entreprise s'éloignant de son métier d'origine constitue une des perversions totalement courantes du même modèle ultra-libéral actuel qui est appelé à disparaitre, au profit d'une économie qui appartiendrait à nouveau aux hommes.Je pourrais ajouter d'autre exemples qui mènent souvent à la même conclusion : ne nous liassons pas enfermer par les logiques de l'ultra-libéralisme pour imaginer un autre modèles économique. D'autres l'ont fait, ce n'est pas impossible...Enfin, je voudrais rappeler que l'homme a quitté son afrique natale et s'est développé grâce à son savoir-faire, grâce à son habileté manuelle et industrielle, et grâce à son sens du commerce et enfin grâce à son courage d'aller vers l'autre...

Dominique Bied 19/01/2006 23:09

Je réponds aux deux commentaires pour compléter cela. Les mots croissance et décroissance sont beaucoup trop abstraits pour avoir un sens. Le sens est donné par ce que chaque être humain souhaite librement, par la dignité que la collectivité humaine et les activités qu'elle génère donne à tout habitant de cette planète.
La croissance, telle qu'elle est entendu est une construction mathématique permettant de compter la valeur ajoutée des acteurs économiques. Cette comptabilité, à cause des découvertes nouvelles sur la valeur patrimoniale de notre maison terre, est obsolete.
La décroissance n'a donc pas plus de sens. Il faut remettre l'économie au service de l'homme et réapprendre à réfléchir en termes de services rendus (voir mon article changer les paradigmes de l'économie.) à minima de prélèvements sur les ressources terrestres qui nous sont offertes et à maxima d'enrichissement du patrimoine terre.