Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

Recherche

21 novembre 2004 7 21 /11 /novembre /2004 00:00

On associe très souvent les effets négatifs des excès du transport routier (de marchandises et de personnes) à la pollution de l'air, à l'accidentologie excessive (rappelons que les accidents de la route font 3000 morts par jour ou encore 1 million par an), à la consommation d'énergie, à l'effet de serre. Il est cependant un paramètre largement négligé, celui de l'aspect social.

On aboutit à ce lien lorsque l'on relie la structure de nos modes de transport avec l'urbanisme et l'aménagement d'une part, et avec deux des thèmes de la philosophie qui sont la liberté et l'égalité, c'est à dire l'accès égal à tous à un plus grand univers de choix.

Cet article a pour but, très synthétiquement, de montrer comment la conception de l'aménagement urbain depuis les années 70 et encore maintenant aboutit à l'injustice sociale.

Dans notre vie quotidienne, nous avons des déplacements à effectuer, certains sont subis, ou guidés par les nécessités (travail, courses, conduire les enfants à l'école), d'autres sont désirés.

Le transport représente jusqu'à 25% du budget des ménages. Le salaire moyen français est de 20 000 Euros et le coût moyen d'une voiture à l'année est de 4000 Euros minimum. Beaucoup de ménages sont contraints d'avoir deux voitures, chacun des deux membres du couple travaillant.

L'aménagement urbain a largement favorisé la voiture comme mode de déplacements. En effet, poursuivant au départ un désir légitime de liberté de se déplacer, la voirie urbaine affectée à la voiture a suivi avec 90% de surface affectée. L'augmentation considérable du taux de motorisation des ménages associé au désir légitime d'habiter en maison individuelle nous amène à une consommation d'espace excessive induisant une fuite en avant dans la périurbanisation dans deux domaines essentiels, l'habitat et le grand commerce. Cette logique est devenue une norme sociale agissant comme un masque sur les inconvénients sociaux de celle-ci.

La tenaille de l'injustice sociale est en place.

Première branche:L'usage individuel de la voiture est la manière la plus coûteuse de se déplacer.

Deuxième branche, L'augmentation du taux de motorisation induisant une expansion du réseau routier, aspirant lui-même des déplacements automobiles supplémentaires, a freiné le développement des modes de transports alternatifs, voir éliminer certains modes comme le vélo en supprimant les équipements de sécurité et en augmentant les vitesses de pointe des voitures.

 Cette tenaille aboutit à une privation de liberté pour ceux qui souhaitent dépenser moins d'argent dans leurs transports (c'est à dire se transporter au moindre coût dans nos déplacements subis) tout en gardant leur mode de vie. Un des symptômes de cette logique est ce que l'on appelle les coupures urbaines. Dans certains quartiers de la première couronne parisienne, il est impossible de sortir autrement qu'en voiture car ils sont enclavés dans des noeuds de rocades urbaines.

Il faut ajouter à cela le fait que l'occupation démesurée de l'espace public par la voirie automobile contribue à la raréfaction de l'espace affectable à l'habitat, ce qui aggrave l'augmentation des prix de l'immobilier. Un dernier élément est la dégradation de la qualité de l'urbanisme à proximité des voies à fort trafic, contribuant ainsi à l'hétérogénéité de cette qualité dont nous sommes en droit d'avoir un accès égal. C'est une autre cause de l'augmentation des prix et des loyers des immeubles. Réduire le trafic automobile et gagner de l'espace permettrait d'augmenter le nombre de quartiers de qualité et de faire baisser la pression sur les prix.

Repenser nos modes de transports, c'est repenser de fond en combles notre aménagement urbain. En dehors des aspects sociaux, c'est même vital pour notre compétitivité économique (au regard de la consommation des ménages vers des produits à moindre consommation d'énergie fossile). En effet, lorsque nous sommes en compétition avec des gens qui ont des revenus dix fois inférieurs au nôtre (Chine par exemple), il est alors indispensable de réduire notre dépense énergétique pour effectuer les fonctions associées à notre mode de vie. Et plus on le fais vite, moins nous aurons à supporter les pressions relatives à cette différence de revenus.

Cette petite démonstration logique fait émerger les enjeux induits considérables de la transformation de nos modes de déplacements. La justice sociale ne se situe pas uniquement, comme le dit la gauche depuis longtemps, au niveau des revenus.

Notre qualité urbaine, l'augmentation de notre niveau de vie et de notre compétitivité, dépendront aussi de notre volonté de réformer l'aménagement urbain et de comprendre les mécanismes profonds de construction des inégalités. Avoir une politique structurelle ambitieuse des transports de personnes devrait faire partie de tout programme politique d'avenir.    

Partager cet article

Repost 0
Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
commenter cet article

commentaires

Jacquiot 08/01/2005 14:23

L'ajout de taxe n'est pas un bon système. Ce ne sera changer qu'un paramètre de l'environnement individuel, mais tant qu'il y aura de l'asphalte devant le capot, la consommation ne baissera pas, même s'il y a fléchissement temporaire. En plus on peut craindre que le paiement donne le droit de polluer!
Donc c'est cauthère sur jambe de bois. Au lieu d'imaginer des solutions écrans, ne vaut-il pas mieux s'attaquer au cœur du problème, l'aménagement du territoire! Comme faire sauter le verrou des moyens complémentaires entre institutions de transport compètement paralisées par leurs structures matérielles et humaines, incapables de respecter l'usager et son droit au déplacement.
La proposition du taxi collectif, sans cesse repoussée non par les usagers, mais par l'ensemble des professionnels du transport "officiel" (syndicats en tête),  va dans le sens d'une rationnalisation de la consommation énergétique. Car si la voiture parait être un refuge et un signe de réussite sociale, c'est d'abord parce que l'environnement est humainement réducteur pour nombre d'usagers. S'ils sont des milliers à s'offrir 2 à 3 heures de voiture chaque jour, c'est que pour une très grande part, on ne leur laisse pas vraiment le choix.
Jugez en!
Ainsi, pendant quelque temps, la SNCF a affiché le taux de régularité des trains. Cela devait sans doute démontrer que des efforts étaient entrepris. Le critère était de comptabiliser les retards supérieurs à 10 minutes (si mon souvenir est exact), mais aussi les seuls trains qui circulent (exit les grèves). Malgré cet artifice, aux plus belles heures de la statistique, le taux affiché ne dépassait pas 92%, ce qui veut dire qu'un train qui "circule" sur 10 n'est pas ponctuel et que le travailleur abonné subira pratiquement un mois de défaillance de service, ce dont les entreprises souffriront également.
Et dans ces retards, nombre sont dus à des pannes de matériels "épuisés", mal entretenus et à une signalisation régulièrement défaillante.
À l'autommne 2004, la même SNCF a fait placarder dans les gares et a fait publier à pleine page de grands quotidien un "Engagement" énonçant les grands désirs des usagers (ponctualité, propreté, sécurité...) auxquels  elle promettait de répondre Les affiches ont très vite été retirées. Devinez pourquoi.
Il faut connaître l'épuisement moral du voyageur (pardon : du client!) devant cette menace constante de retards dans son entreprise, de rendez-vous compromis (une panne de locomotive peut immobiliser plusieurs trains pendant une à deux heures, et si  la SNCF tente d'achememiner ses "naufragés", c'est à chaque fois une improvisation kafkaïenne car malgré la répétition de ces "incidents", il n'y a pas de véritable plan d'intervention. Quant à l'information dispensée! )
Comment s'étonner alors que le train soit délaissé malgré son potentiel de sécurité, si ni la régularité ni un confort décent ne sont correctement assurés.
Et quand bien même le train retrouvait les qualités qui avaient longtemps fait sa réputation, il ne peut pas plus que le métro ou le tramway, permettre les liaisons modulables auquel le taxi devrait pouvoir répondre à condition de pouvoir prendre plusieurs passagers pour des destinations regroupées ou échelonnées, qu'il puisse charger partout où il se trouve (économie de trajet, suppression du retour "à vide"...) Ce serait un autre matériel (voir la proposition de Dominique Bied) et aussi une autre mentalité intégrant l'intérêt général et public et repoussant les petites considérations corporatistes et protectionnistes (complètement désuètes et contre productives).
Voila une vraie piste pour réduire sensiblement les néfastes effets d'une gabegie énergétique.
Denis Jacquiot

vissac 19/12/2004 11:00

Mon cher Dominique,
Juste une question.
Tu connais comme moi JM Jancovici et sa connaissance du changement Climatique. Il préconise d'augmenter de 3% par an le prix des carburants (hors variation des prix du brut), avec je suppose une utilisation à débattre, mais "intelligente" de cet argent pour lutter contre le CC.
Sais tu ce que Cap21 pense de cette mesure enfin significative, car à moins d'avoir mal cherché, je n'ai pas trouvé trace de mesures budgétaires significatives que proposeraient Cap21. Peux tu ne guider dans cette recherche, ou m'envoyer vers le responsable de nos propositions en matière de lutte contre le CC.
Amicalement
François