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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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18 février 2006 6 18 /02 /février /2006 22:24

Je suis donc allé à cette réunion de clôture de la commission particulière du débat public sur l'EPR. J'ai pu m'exprimer quelques minutes. J'ai complété cette intervention par un écrit que je viens d'envoyer à la commission et qui, je l'espère, sera publié. Je fais suivre ce texte d'introduction du texte de cet écrit.

Bonjour Monsieur le président,
 
Je suis responsable nationale de la thématique transports à cap21, parti politique dont la présidente est Corinne Lepage.
 
Je vous remercie de m'avoir laissé m'exprimer hier soir alors que nos interventions ne devaient plus se faire sur le fond mais sur le débat. Mais ma disponibilité ne me permettait que cette séance pour exprimer une opinion très succinte.
  
Suite à mon intervention d'hier lors du débat de clôture, je complète par cet écrit, ce qui me permet de développer plus avant mon opinion. Je souhaite que ce texte soit publié dans les documents internet du débat. Je vous en remercie à l'avance. 
 
On ne peut effectivement parler de ce tournant du renouvellement du parc de centrales sans évoquer la vision de la politique énergétique que nous voulons mener.
La loi d'orientation sur l'énergie met en numéro 1 la volonté de maîtriser la consommation d'énergie, ce qui est évidemment la bonne voie pour assurer l'indépendance énergétique car on va alors vers une moindre sensibilité de notre économie aux problèmes géostratégiques et on améliore sa compétitivité en réduisant les coûts par fonction économique. 
 
Le problème est que l'état et les collectivités locales ne se donnent ni les moyens, ni la volonté politique d'inverser les tendances énergivores des acteurs économiques. Il n'existe pas en France, de réel management de l'environnement et de l'énergie permettant d'atteindre les objectifs annoncés, et il en va de même pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les discours ne correspondent alors pas aux actes, ce qui nuit à sa crédibilité. De plus, on a en France un problème pour diffuser vite et à grande échelle les expériences d'efficacité énergétique mises en oeuvre ailleurs.
 
Dans toutes les entreprises, on met en oeuvre les méthodes d'appel par l'aval pour maximiser les profits et minimiser les coûts. Dans le domaine de l'énergie, on ne travaille que sur l'offre et les analyses de la demande partent du postulat que les consommations vont continuer d'augmenter, sans tenir compte des marges de manoeuvre que l'on a collectivement en matière d'éfficacité énergétique. Ces marges de manoeuvre de la puissance publique sont de deux ordres:
 
-une fiscalité encourageant les comportements vertueux, mais non punitive pour les autres, c'est à dire stable, c'est à dire encore sans compensation de faveur de la hausse des tarifs de l'énergie.
-la mise en place de normes chiffrées à contraintes élevées dans les biens et services obligeant les industriels à innover ainsi que l'intégration de ces normes dans tous les appels d'offres publics.
 
Je ne suis pas du tout d'accord avec l'intervention de l'adjoint au maire de Metz qui disait: la mise en oeuvre d'une politique ambitieuse d'efficacité énergétique existe en Allemagne et nous avons beaucoup de retard, mais elle est longue à mettre en oeuvre, ce qui justifie le nucléaire à ses yeux.
 
La question ne peut se poser en ces termes. La vraie question complète à se poser est : peut-on réussir à mettre en oeuvre cette politique d'efficacité énergétique avec une amplitude suffisante et dans des délais comparables à ce que veut faire EDF avec le nucléaire. Peut-on mettre une énergie suffisante dans cette politique pour répondre à une maîtrise de la demande suffisante permettant de sortir du nucélaire et suffisamment soutenue par l'institution publique en termes de moyens de communication, moyens financiers, innovation?
Corollaire: la continuation de la politique nucléaire au même niveau que précédemment ne contribue-t-elle pas à endormir les énergies pour conduire l'efficacité énergétique, sans compter la consommation de ressources financières considérables.
 
L'autre question fondamentale est de savoir si nous avons une volonté politique suffisante pour conduire (manager) l'efficacité énergétique avec des objectifs ambitieux, comme si nous devions nous passer de nucléaire, et avec des méthodes qui ont fait leurs preuves dans l'industrie automobile ou l'industrie du semiconducteur.
Si Renault est capable de sortir 26 modèles nouveaux en 3 ans, alors pourquoi ne saurions-nous pas, grâce aux méthodes de management de l'industrie, de reproduire les expériences étrangères significatives à une grande échelle et dans un délai inférieur à la date de production en série des nouvelles centrales.
 
A mon avis, il est tout à fait possible en 20 ans, à confort égal, de diminuer considérablement la consommation énergétique dans toutes les fonctions de la vie. Le développement d'une nouvelle génération de centrales n'ira pas plus vite. Le débat est donc ouvert. Laisser l'option nucléaire ouverte (formulation plus douce que dire nous avons besoin du nucléaire) sous-entend que l'on peut envisager d'en sortir avec des chances égales en fonction des résultats obtenus en terme d'efficacité énergétique.   
 
Etre ambitieux, au niveau des concepts, c'est prendre conscience de principes définissant une véritable stratégie d'avenir à énergie sobre, à confort pratiquement égal pour la population. C'est aussi dire que le confort n'implique pas forcément plus de consommation énergétique. En mettant plus d'intelligence et d'ingénierie dans les fonctions de la vie, on peut obtenir des résultats exceptionnels à des coûts globaux bien inférieurs à la mise en place de réacteurs nucléaires.
 
Nous pouvons maintenant donner des exemples précis illustrant ce raisonnement dans les usages principaux de l'énergie:
 
Chauffage: le quartier Vauban à Fribourg en Brisgau
 
La puissance publique, dans les années 1990, c'est à dire il y a déjà 15 ans, a imposé dans le cahier des charges de constuire des bâtiments à 65kWh par mètre carré et par an. Il faut savoir qu'aujourd'hui la moyenne française est 200kWh par mètre carré et par an, soit un rapport 3. En 1996, ils ont décidé de construire à 15kWh par mètre carré et par an, soit plus de 10 fois moins que nous, et pour un coût supplémentaire de 20% seulement. 
Nous n'avons pas le droit, en terme social, de priver les moins fortunés de nos compatriotes d'un habitat peu chère en coût de fonctionnement. Le surcoût d'investissement n'est que de 20% aisément finançable.  
 
Mobilités.
 
L'ensemble des documents d'urbanisme de notre pays mentionnent la nécessité de diminuer l'usage de l'automobile pour nos déplacements, pour des raisons environnementales, mais aussi pour des raisons de pression foncière (consommation moyenne de 170 mètres carré d'espace urbain public par voiture).
J'ai proposé au PREDIT un projet nommé "taxi collectif temps réel" faisant intervenir l'industrie automobile, l'industrie du logiciel et de l'automatique, l'industrie des telecoms. Ce projet (qui est un transport à la demande mais fonctionnant en temps réel sur celle-ci, ce qui n'existe pas aujourd'hui) permettrait de diviser par 4 le trafic automobile individuel urbain à confort égal, tout en permettant à l'industrie automobile de continuer à vivre en construisant des véhicules nouveaux.
Il coûte peu cher et est relativement aisé à mettre en oeuvre, dans un délai inférieur à 20 ans. Il est transposable facilement.
 
Rappelons qu'en terme énergétique, 1km voiture consomme 1kWh d'énergie, ce qui représente aujourd'hui 450 milliards de kWh en France et 10 000 milliards de kilowatt heures dans le monde.
 
Le problème du réchauffement climatique, le risque de dégazage de carbone des sols et des océans à horizon 20 ans impliquant un emballement de la machine climatique, nous oblige à réagir vite dans ces deux domaines (chauffage et transport) qui représente la moitié des émissions de gaz à effet de serre, l'autre moitié venant de l'industrie et de l'agriculture (méthane).
Or le nucléaire ne répondra jamais à ces usages dans ces délais de 20 ans. Dès lors n'est-ce pas un gaspillage d'argent de continuer dans cette filière?
 
Electricité.   
 
C'est le seul usage pertinent du nucléaire. Encore que peu d'efforts sont faits sur la consommation électrique de nos appareils ménagers. Le normes ne sont pas assez sévères, et surtout, elles sont sectorielles alors qu'elles devraient être penser sur l'ensemble de la maison. Il faut inventer des normes intégrées pour que les fabriquants prennent en compte dans la conception de leus produits des contraintes d'autres secteurs de la maison. C'est là dessus qu'il faut ancrer la domotique.
Au niveau des éclairages publics, nous sommes au degré 0 de ces réflexions.
 
La marge de manoeuvre est énorme. Si on la combine avec les énergies alternatives et propres (le nucléaire n'est pas propre à cause des déchets), on pourrait envisager une sortie du nucléaire.
 
.
On ne peut s'engager dans cette voie sans avoir fait une étude sérieuse et honnête de scenarii en termes d'objectifs et de chemins vers cet objectif, y compris en construisant des scenarii alternatifs ambitieux.
 
Cependant, ces raisonnements d'efficacité énergétique se heurtent à deux logiques enfermant l'argumentation du maître d'ouvrage:
 
Le but de toute entreprise est de grandir, l'industrie du nucléaire comme les autres. Il est donc normale, compte tenu de la structure de l'offre électrique française, qu'EDF cherche à anticiper le renouvellement du parc d'une part, et d'autre part à garder le leadership mondial de cette technologie, ceci même si la question des déchets reste plus que problématique.
 
L'argument qui consiste à dire que le nucléaire viendra au secours de l'humanité en ce qui concerne le climat est fallacieux car les gains possibles sont marginaux au regard des objectifs à tenir en quantité et en délai.
Quant à d'argument de l'augmentation de la demande électrique, il peut être aisément mis en doute par les scenarii alternatifs.
La source centrale cogénération au biogaz, par exemple, émet peu de gaz à effet de serre (équivalent au nucléaire en cycle entier), et constitue une énergie décentralisée rendant moins vulnérable notre approvisionnement énergétique. 
 
Un autre élément: si on intègre tous les coûts en cycle entier de cette technologie, il n'est pas du tout dit que le prix actuel ne soit pas très sous-évalué et donc concurrentiel par rapport aux autres sources.
 
Questions annexes:
 
En ce qui concerne l'emploi, combien d'emplois sont créés par kW installé dans le nucléaire et les autres technologies?
 
En ce qui concerne les déchets, l'enfouissement, solution envisagée pour l'instant, est un pari sur l'avenir. Aucun site géologique n'est stable sur le long terme. Même si le milieu naturel peut absorber par diffusion la radioactivité résiduelle en faible débit, qu'en est-il des phénomènes géologiques discontinus et brutaux qui arriveront immanquablement un jour dans une amplitude et un moment complètement aléatoires.
 
Conclusion.
 
Ce projet s'inscrit dans une logique compréhensible vu du côté de l'industriel, mais il est permis de douter qu'il réponde à un objectif environnemental satisfaisant pour les générations futures. Se poser la question de laisser la porte au nucléaire ouverte, c'est aussi se donner la possibilité de sortir du nucléaire et d'y consacrer l'énergie et les moyens nécessaires.
 
En tous les cas, la priorité des priorités est de diminuer notre consommation d'énergie pour rendre notre économie plus compétitive afin de dégager des ressources financières pour des activités économiques moins prédatrices. Les chinois ne s'y trompent pas. Ils sont venus visiter à Bedzed comment on faisait une ville peu énergivore. Nous serons distancés économiquement si nous ne nous engageons pas dans cette voie. 
 
 

 

 

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Published by Dominique Bied - dans énergie
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commentaires

alexis 21/02/2006 21:36

j'écoutais ce soir Roland Castro sur France Culture à propos de sa candidature à la présidentielle 2007 (utopiesconretes.org). Sur le nuclaire, il a une position assez favorable, à partir du moment où se réglerait la question des déchets... et que le choix du lieu d'enfouissement se fasse en tout connaissance de cause pour les popilations vivant à côté... (ce qui dans la France de 2006 paraît impossible tant les lobbys nous gouvernent)

Mais c'est vrai qu'il y a un certain pragmatisme à se dire " l'énergie nucléaire existe, elle est là, on peut l'utiliser. Avant de rechigner ou de cracher dans la soupe, réfléchissons à deux fois...

Que le nucléaire ne soit pas une panacée, c'est évident.
Que les énergies fossiles soient pire encore, c'est certain pour l'effet de serre.
Que les autres énergies soient encore trop peu efficientes, c'est vrai, même si ce sont sans conteste les seules durables (éolien, solaire, biomasse, agricole etc...)
Que les lobby AREVA et TOTAL doivent être affaiblis et stigmatisés, c'est indispensable pour lever les blocages...

Mais tout de même, à la fin, l'équation n'est pas équilibrée. Si l'on doit attendre des politique énergétique qu'elle vise le 100% renouveble pour 2050, on ne peut le faire pour le moment. Tout en travaillant sans démordre de cet objectif pendant les 45 années qui viennent, il faudra utiliser les énergies polluantes en attendant...

Là où on peut faire un grand pas, c'est que notre politique énergétique mettent le paquet :
1- sur les Négawatts
2- sur les renouvelables tout de suite, pour qu'on en tire déjà tout ce qui est possible sans nuire à nos terrioires
3- qu'on se garde les énergies polluantes uniquement pour faire l'appoint avec la demande. UNIQUEMENT pour l'APPOINT.

Ce serait énorme!!! Non?

Alexis

Dominique Bied 25/02/2006 13:43

Complètement d'accord avec toi. Il est dangereux et irresponsable de construire dans la tête des gens un imaginaire à énergie inépuisable.
Mettre le paquet sur les renouvelables, oui, mais avant tout, revoir les fonctions de base de la vie pour les exercer à énergie minimum en mettant plus d'intelligence dans les organisations collectives. Il ne s'agit pas d'imposer aux gens un collectivisme dont on sait qu'il mène à la catastrophe, mais de proposer des organisations performantes dans lesquelles les gens puissent s'yretrouver au niveau du confort et de la liberté, tout comme un chef d'entreprise propose à ses salariés un projet collectif qui fait sens.
Ce principe a largement inspiré le projet de taxis collectifs temps réel que j'ai proposé au PREDIT et sur ce blog, projet qui permet de remettre l'automobile dans le jeu du développement durable.