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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 23:55
Dominique Perben et Laurence Parisot sont la caricature de la culture du 20ème siècle avec l'expression de leurs opinions sur la fiscalité écologique.

Voici leurs réflexions:

Dominique Perben déclare que «l'État n'a pas à fixer les prix», Laurence Parisot, encore plus intégriste, n'hésite pas à qualifier l'esprit de la réforme de «quasi-soviétique». Pour la présidente du Medef, « un bonus seul serait légitime, mais l'accompagner d'un malus pour déterminer le prix des produits, c'est ni plus ni moins que le retour à l'économie administrée. »

Laurence Parisot a une vision manichéenne de la fixation des prix de produits et de services. Pour elle, où ils sont administrés, ou ils ne le sont pas. C'est tout de même mal connaître les mécanismes de fixation des prix dans nos économies modernes. En fait, une partie non négligeable du prix d'un bien ou un service est., de fait, administrée.  Faisons un petit inventaire de la partie administrée par l'état par l'intermédiaire de la fiscalité.

Vous avez d'abord des achats, qui comportent eux-mêmes de la main d'oeuvre fiscalisé par les charges sociales. Cette dernière partie est bien une part administrée du prix. En achetant, vous avez aussi achetés des produits fabriqués avec des investissements, chargés par la taxe professionnelle, donc également administrée. En achetant, vous avez aussi acheté la marge nette de votre fournisseur. Celle-ci est fiscalisée et rentre donc dans votre prix de revient usine.

Ensuite, vous avez vous-même ajouté de la main d'oeuvre et des investissements, eux-mêmes chargés. Tout cela forme un prix de revient auquel vous ajoutez votre marge, elle-même fiscalisée, donc administrée.

On voit qu'une grande partie des prix dans une économie moderne est administrée. Une grande partie des prix de certaines prestations est aussi normalisée (les médecins par exemple). Laurence Parisot a donc tout faux quand elle dit qu'avec la fiscalité écologique nous allons vers la "soviétisation". En fait, la différence entre une économie de type soviétique et nos économies, c'est le degré d'importance de la partie administrée dans la fixation des prix. La fiscalité écologique est donc compatible avec une économie libérale et n'a absolument rien à voir avec une économie de type soviétique.

Le malentendu vient du fait que les services gratuits fournis par la planète ne sont pas comptabilisés dans les comptes publics ou privés. La réparation des services gratuits fournis par la nature n'est pas non plus valorisée.

En conséquence, dans l'état actuel des choses, il est tout à fait normal que l'état fixe une contribution par produit pour donner une valeur à notre patrimoine terre. Il n'y a pas d'autres solutions pour le moment.   

Votre résidence principale fait partie de votre patrimoine qui est valorisé en euros. Notre planète, elle, est un patrimoine. Hélàs, il n'est pas valorisé. Les activités humaines qui réduisent ce capital, détruisent une partie de sa valeur, ne viennent pas en déduction pour la comptabilité de la croissance et du PIB. La fiscalité écologique permet de le faire. D'autre part, si on veut que les modes de production et de consommation se transforment, il faut bien effectivement réaliser un transfert monétaire entre deux types d'économie. Nous avons, pour cela, à la fois besoin des mécanismes de marché et d'une impulsion de l'état.

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Published by Dominique Bied - dans environnement et économie
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commentaires

pilaprat 21/09/2008 11:23

Mon appartement est à notre famille,nos deux maisons campagnes aussi font parties de notre patrimoine familial.Je suis adhérent CAP21-MODEM, il n'empêche que je ne suis pas d'accord accord avec toutes vos taxes écologiques. La nature fournie assez de déchets organiques, nous nous occupons avec les eaux et forêts de nos terrains, partie de rivieres,et surtout de nos fôrêts. De toutes façon il y a de plus en plus de forêts privées, et l'accès y est interdit, un accident de chasse est vite arrivée. A vous lire et à bientot sur nos chemins.

Dominique Bied 21/09/2008 19:57


Je ne pense pas que vous soyez en cause dans les bonus malus écologique. Que les choses soient privées ou publiques ne changent rien à l'affaire. L'important est d'évaluer la manière dont les
choses sont gérées. Un bon exemple est la reprise de la gestion de l'eau en régie municipale par nombre d'intercommunalité.

Avant d'argumenter, expliquons la vertu de ce système.

Il permet de mettre en oeuvre un principe constitutionnel, celui de pollueur payeur. Si on détruit plus de valeurs environnementales que l'on en crée, alors on doit payer plus cher.

Il rétablit une forme de justice qui veut que l'on arrête de privatiser les profits et rejeter le coût de réparation sur la collectivité nationale.

Il remet au goût du jour le vivre ensemble.

Voici quelques exemples. 

L'air que vous respirez, l'eau que vous buvez, les sols que vous exploitez et entretenez, sont un bien public sans frontières réelles ayant une valeur. Ces trois éléments, nécessaires à la vie, ne
sont jamais complètement publics ou complètement privés. ils sont, de fait un peu des deux, ne serait-ce que par les déchets privés qui se retrouvent dans les rivières et la mer, dans le
sous-sol.  Cette valeur n'est pas comptabilisée dans la comptabilité nationale. La destruction de la valeur n'est pas comptabilisée non dans les normes IFRS des entreprises. Si vous envoyez
des métaux lourds dans les rivières, ou du cyanure, ou de la radioactivité, cela doit être remboursé à la collectivité d'une part; il faut en même temps travailler à ce que ça ne se reproduise pas
d'autre part.

 Par exemple, Il est tout à fait normal qu'un agriculteur, non par sa faute mais parce que leurs formateurs les ont enfermé dans un piège économique social et environnemental soit inciter par
un mécanisme de prix basé sur le principe pollueur payeur, de changer de repartir en formation pour changer de système de production. Nous sommes en économie libérale et les comportements de
production et de consommations changent avec les écarts relatifs de prix. L'arme fiscale est la seule action publique possible pour cela. Une bonne démocratie, une démocratie juste ne dispose que
de cet outil pour orienter une économie.  L'explosion des intrans chimiques dans nos sols a amené une érosion et un appauvrissement que nous payons très cher aujourd'hui, et que nos enfants
paieront encore plus cher. L'explosion des cancers pour cause environnementale (augmentation de 1% par an des cancers d'enfant entre autres) a amené des coûts de santé public. Il serait logique
d'augmenter le prix des intrans toxiques afin de peser sur la demande et rendre l'agriculture propre plus compétitive.

Je vous encourage à aller lire mes articles dans la rubrique agriculture sur l'agroforesterie et l'agriculture en bois raméal fragmenté. Ce sont des techniques très efficaces et qui peuvent être
mises en place à grande échelle en 5 ans. Alors nous aurons des résultats exceptionnels.

Autre exemple, les déplacements. Personne ne vous interdit d'acheter un véhicule consommant 20 litres au 100. Par contre, l'épuisement, en 1 siècle, des ressources fossiles constituées par la
nature sur des millions d'années n'est pas intégré dans le prix du carburant, ni les destructions présentes et futures induites par la réchauffement climatique. Il est normal de payer plus cher le
carburant. En francs constants, il est encore très peu cher d'ailleurs. Rappelons aussi que 2/3 des déplacements automobiles font moins de 5km, la moitié font moins de 3km, 25% font moins de 1km.
On peut librement utiliser sa voiture, mais il faut payer le juste prix, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Autre exemple: un bébé, sur ses deux premières années, consomment 2tonnes de couches plastiques jetables. Or le plastique, c'est du pétrole. En sus, la gestion des déchets est infernale. Il existe
aujourd'hui des couches lavables en machine. Il est normal de payer plus cher les couches plastiques.

Nous n'avons pas d'autres choix que de changer nos modes de production et de consommation. Nous, occidentaux, en tout cas pour la moitié d'entre nous, nous avons tout et plus que tout. Nous avons
détruit un certain nombre de ressources de la planète. Nous sommes redevables visç vis des générations futures.