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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 22:18

Notre ministre de l'économie et des finances a fait une brillante démonstration, dans l'émission de Chirstine Ockrent France Europe Express, de la volonté du gouvernement de se soucier du pouvoir d'achat des français, particulièrement lorsqu'il a annoncé le déploiement des pompes bioethanol pour alimenter les moteurs flex. Il a annoncé cela comme une grande nouvelle pour le pouvoir d'achat des français.

La ficelle est tout de même un peu grosse. Nous sommes encore dans une vaste entreprise de démagogie et de désinformation. Certes, ne crachons pas sur un progrès. Mais l'impact sur le pouvoir d'achat sera tout à fait insignifiant. L'impact sur l'environnement sera quasi nul. 

Il faut bien se rendre compte que cette solution technique ne pourra s'appliquer que pour les véhicules neufs à essence. En sus, la moitié du parc est diesel. La totalité du parc est renouvelé en 20 ans et la durée moyenne d'un véhicule est de 8 ans. Autant dire que cela ne touchera que très peu de monde. Mr Breton a une fois de plus, et c'est devenu une mode dans le gouvernement, donné dans l'effet d'annonce spectaculaire, France 3 étant complice bien involontaire de cette manipulation.

Il en était de même récemment avec Mr Coppé qui annonce que la baisse d'impôt sur les classes moyennes a relancé la croissance et l'économie, alors que ces cadeaux fiscaux représentent une place de cinéma par mois pour une famille. 

Le divorce entre la population française et le gouvernement s'accroit. Ce sont deux mondes différents avec des références différentes qui ne se comprennent plus. A mauvais diagnostic mauvaise solution.

Voici un tableau, certes datant de 1997, mais illustrant le raisonnement tenu ci-après.

Il donne, pour les 20% les moins riches (revenus inférieurs à 11400Euros par an) et les 20% les plus riches (revenus supérieurs à 30000 Euros par an), la répartition des dépenses de carburant et du volume de kilomètres parcourus encore en francs à l'épo. 

 On voit sur ce tableau, que les ménages aux plus faibles revenus roulent peu en voiture. Ils ne seront  donc pas touchés par l'avènement du bioethanol. Quand à la classe moyenne, l'impact sera faible car la TIPP amortit considérablement les variations du prix du carburant.

Le ministre oublie, pour l'amélioration immédiat du pouvoir d'achat, que l'on gagne beaucoup plus en roulant moins, ce qu'il est tout à fait possible de faire en généralisant le management de la mobilité dans les entreprises, c'est à dire les plans de déplacements d'entreprises. Une fois de plus, le gouvernement essaie de résoudre un problème par une solution technique ayant un impact marginal, alors que la solution la plus efficace est organisationnelle.

En ce moment, nous sommes en pleine culture des zorro, des faiseurs de miracles. Mais en matière économique, il n'y a que la vérité des chiffres qui compte et pas de miracle, c'est à dire le décompte du porte-monnaie des ménages en fin de mois.

Un simple chiffre, en roulant pour 30% des déplacements à vélo, on peut gagner 10 fois le cadeau de Mr Breton ou de Mr Copé par an. La moitié des déplacements en voiture fait moins de 3km, les 3/4 moins de 5km.

Si on organise les déplacements des salariés des entreprises, on peut gagner jusqu'à 7000km par an sur le budget voiture. Le prix du carburant est un faux débat. La baisse récente du prix du brut risque d'endormir les français, le ministre ajoute à cette confusion. 

Le gouvernement marche à côté de ses chaussures, à mille lieues des réalités économiques des ménages.

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

Alias 05/10/2006 09:35

À Benoît : il doit être content JMJ d'avoir un sbire qui interprète sa "bonne" parole !
Cela dit, le bilan écologique (et économique !) de l'E85 est une catastrophe et ce que fait le Brésil n'a rien d'un exemple à suivre. Dites, il ne vous saute pas aux yeux que seuls les écolos s'opposent à cette voie ? Pour du "bio", c'est un peu fort, non ? La seule vérité, c'est que c'est un moyen de préserver les lobbies pétroliers (raffinage) et agricoles. Le reste, c'est de la littérature et on pourrait en rire si ce n'était pas dramatique.

fossileur 02/10/2006 07:58

mr BIED
 
petit détail  :
 1  dans l 'expression " volume de kilomètres parcouru " , c'est surtout les kilomètres qui sont parcouuS   , donc avec un S  .
 
2 dans l 'expression " le gouvernement est à mille lieuX  " , l 'on ne veut pas dire qu 'il est A MILLE ENDROITS ( un  LIEU  UNE LOCALITE UN HOME UN HEIM  etc .. )
 
  mais à MILLE  LIEUES   unité de mesure de distance
  cad  non pas
 -ubiquitaire , capable d'être à 1000 emplacements différents
 
- mais ELOIGNE  , très loin , à 1000 lieues ( marines ou terrestres ? )
   de nous
 
merci pour vos articles
 

Benoit 26/09/2006 16:25

Bonjour,je m'appelle Benoit et suis un camarade de Jancovici, bien que plus jeune, et tenais à défendre ses propos.Lorsque JMJ mentionne un écart de 2 à 27 pour la production de biocarburants, de mémoire, il fait part de l'éventail de productivité selon le choix de la plante retenue, du type de biocarburant produit eu mode de production. En effet, il y a un grand écart entre la productivité du blé pour faire de l'éthanol et celle de la canne à sucre, par exemple. Un exemple : je vis en Guadeloupe et pour utiliser  les restes de mélasse (résidus du jus de canne) auparavant disséminés dans la nature, on y développera bientôt une production de bioéthanol. Pour 19000 t de mélasse, on envisage de faire rouler 5000 véhicules sur 15000 kms. Ce n'est pas énorme. Il ne faut pas en faire une panacée, car ca ne représete au bas mot que 2% de la consommation de l'île, qui continue de croître chaque année ! Mais au moins cet exemple montre que dès lors que la production de biocarburant ne vient pas en concurrence avec d'autres usages, elle gagne à être réalisée.Vous avez raison Jean-Philippe, l'Etat ne veut pas substituer la consommation de pétrole, ni même inciter à la réduire, ce qui est dommageable.Quant à la question de remplacer les forêts par des betteraves, je vois que vous n'avez pas lu les textes de JMJ www.manicore.com qui utilise régulièrement des images marquantes pour frapper les esprits et renforcer ses argumentations. Loin de lui il me semble l'idée de raser les forêts pour aller se promener dans des champs de betteraves, mais plutôt de montrer le ridicule d'imaginer le biocrburant comme "la" solution miracle.Enfin, et là je vous rejoins ainsi que Dominique Bied, l'essentiel de l'effort doit porter sur une modification organisationnelle et non pas technique, qui ne sera jamais que marginale.Développons le transport en commun, les PDE, le vélo,... et de toute façon si ce n'est pas notre génération qui se "bouge le cul", à la fois au sens figuré dans le choix de ses priorités et au sens terre à terre de se remettre au vélo, je crains qu'il ne soit bientôt trop tard.

 
 

Dayres 26/09/2006 11:04

Bonjour,

 

Je m’appelle
Jean-Philippe Dayres
et suis consultant en stratégie. J’ai travaillé à plusieurs reprises dans les secteurs de l’énergie, de l’environnement et de l’agro-industrie.

 

Je vous fait part de la réponse que j'ai fait ce matin au journal 20 minutes suite à l'article sur le bioéthanol et dans lequel Corinne Lepage est largement cité.

Avant de critiquer ligne par ligne ce très mauvais article, je vous rappelle les enjeux liés au développement des biocarburants en France (bioéthanol et diester) :
-               réduire notre facture énergétique, principale cause du déficit de la balance commerciale

-               agir pour l’environnement en réduisant considérablement les émissions de gaz à effet de serre (cf. le cycle du carbone i.e. le fait que l’éthanol rejette dans l’atmosphère le CO2 piégé par les plantes dont il est issu, ce qui donne un bilan CO2  nul)
-               maintenir voire accroître l’activité pour nos agriculteurs dont certains débouchés seront heureusement réduits à court terme par la fin des subventions européennes à l’exportation.

 

Maintenant, faisons la critique de l'article.

 

Vous commencez par dire que l’ensemble des terres arables françaises ne suffirait pas à approvisionner nos voitures. C’est vrai mais c’est tout sauf la volonté du gouvernement et de l’opposition. L’enjeu est de réduire notre consommation et donc notre dépendance en pétrole, certainement pas de la substituer (du moins avant plusieurs décennies).
Vous citez ensuite JM Jancovici, un soit disant expert pour crédibiliser vos propos mais ce dernier fait une estimation de superficie dans un rapport de 2 à 27 ! Proposer une fourchette aussi large ne requiert pas de l’expertise mas de la loterie ! Pour rappel, les bons chiffres sont de 2 à 4. Enfin, si vous souhaitez à l’avenir citer un expert, je vous conseille de faire appel à Claude Roy, chargé de mission interministériel sur la biomasse.
Vous continuez en citant JM Jancovici dont les propos sont aussi choquants qu’indigents intellectuellement : « il faudrait supprimer les forets et les remplacer par des betteraves sucrières. » Encore une fois, l’objet n’a jamais été de substituer entièrement le pétrole. Enfin, la betterave n’est transformable que 2 mois dans l’année, c’est donc pour cela que l’éthanol est de plus en plus fabriqué via du blé et du maïs car ces cultures permettent de faire tourner les usines 365 j / an et donc de les rentabiliser (… et donc de faire un éthanol acceptable sur son niveau de prix).

 

Vous poursuivez en disant que les constructeurs automobiles et les pétroliers se montrent très réticents. Les 1ers bloquent depuis plusieurs années car ils sont en retard technologiquement sur leurs concurrents construisant des « flex fuel vehicules » (tels que Ford). JM Folz juge stupide de déployer des pompes E85 mais c’est pourtant ce qu’a fait le Brésil, pays tout de même moins développé que le France ! Les seconds sont Total et seulement Total. Ce dernier représente les 2/3 du carburant distribué en France (en propre et via la grande distribution qu’il alimente). Autant dire qu’il dispose d’un certain pouvoir ! Il bloque le dossier biocarburant à Bercy depuis 2 décennies pour plusieurs raisons :
-               Total est excédentaire en essence et déficitaire en gazole car le parc français est diesel à 70%. C’est donc pour cela qu’il exporte son essence d’une part et qu’il a toujours soutenu la filière diester (substituant le gazole). Le développement du bioéthanol en France conduirait à accroître ses excédents d’essence.
-               Techniquement, le bioéthanol augmente la volatilité de l’essence de telle manière que cela dépasse les taux autorisés par l’UE. C’est donc pour cela que Total et Lyondell fabriquent de l’ETBE que l’on peut incorporer directement dans l’essence. Mais la vraie raison du soutien de Total à
la filière ETBE
(plutôt qu’à l’incorporation directe d’éthanol) est que l’ETBE est fabriqué pour moitié avec du bioéthanol et pour moitié avec de l’isobutylène, déchet précédemment brûlé par Total et aujourd’hui source de revenus.
-               Les Pouvoirs publics ont demandé à ce que Total délivre à partir de 2006 une essence basse volatilité sur le marché (pour permettre l’incorporation directe de bioéthanol) mais ce dernier freine des 4 fers car il ne pourrait plus alors valoriser son butane qui sert à ajuster la volatilité de l’essence.

 

Vous citez l’UIP (i.e. la distribution hors Leclerc qui pour sa part a déjà fait de l’incorporation directe dans son site rouennais) qui voudrait allez acheter de l’éthanol moins cher à l’étranger. Mais l’éthanol brésilien est plus cher que l’éthanol français car il est frappé par une taxe de 19 € / hL. Cette dernière permet à la France de développer sa filière biocarburants. De toute façon, le Brésil alimente prioritairement son marché et n’a pas de quoi vendre massivement aux autres pays.

 

Enfin, vous citez Lester Brown selon lequel « la quantité de grain (je suppose de blé) permettant de remplir un réservoir de 4x4 d’éthanol peut nourrir un homme pendant 1 an. » ce qui est tout à fait vrai : il faut à l’heure actuelle 280 t de blé pour faire 100 L d’éthanol. Mais les vraies questions sont plutôt celle de l’efficience énergétique des véhicules (cf. moteur hybride) et celle de leur gabarit (cf. les nouveaux 4x4 de luxe qui pullulent en ville). Enfin, pour rappel, les excédents alimentaires n’ont jamais servi et ne serviront malheureusement jamais à combattre la fin dans le monde (cf. les 800 M de sous nourris et les 2 Mds de mal nourris dans le monde).

 


 

Vu les enjeux écologiques, géo-stratégiques, économiques et sociaux auxquels les biocarburants permettent de répondre, j’espère que vous évoluerez sur ce sujet.