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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 21:04

Malgré le consensus assez largement partagé de l'influence de l'homme sur le climat de la terre par le croisement de deux facteurs, les modes de vie basés sur l'énergie fossile induisant une augmentation des concentrations de carbone dans l'atmosphère et l'explosion démographique, il existe encore chez de nombreuses personnes un doute sur cette influence. C'est la cas de Claude Allègre, qui continue à se répandre dans les médias pour dire que l'homme n'y est pour rien. C'est le cas aussi d'un auditeur d'Europe 1 s'exprimant sur les modèles climatiques et représentant un courant de pensée populaire. C'est pourquoi j'ai décidé d'écrire sur ce blog quelques articles sur ce sujet, que j'espère accessible au plus grand nombre. Il complètera le site de Jean-Marc Jancovici. Ces articles seront une synthèse de la revue "les dossiers de la recherche" N°17 de fin 2004 et du livre sorti en Octobre 2006 "le méthane et de destin de la terre; les hydrates de méthanes: rêve ou cauchemar" aux éditions EDP sciences auteurs: Gérard Lambert, Jérôme Chappelaz, Jean-Paul Foucher, Gilles Ramstein préfacé par Edouard Bard. Ce livre fait état des recherches les plus récentes sur le sujet. Ces articles pourront aider les gens de cap21 à répondre aux questions qui leur seront posées au "café du commerce".

Une idée assez répandu chez les gens n'ayant pas développé de culture sur le changement climatique est: "comment pouvez-vous prévoir le climat à l'échelle du siècle, du millénaire, alors que la météorologie ne peut faire des prévisions à l'échelle de quelques jours". Les modèles climatiques sont régulièrement mises en cause sur ce point. Il convient donc de réexpliquer la différence entre un modèle climatique et la météorologie.

Les variations du climat sur des centaines, milliers, millions, milliards d'années ne sont pas construites autour d'une statistique du passé servant à prédire l'avenir. L'intérêt des modèles climatiques est que c'est la mise en équation du système terre-océans-atmosphère en utilisant deux grands champs de la physique:

1.les relations de la thermodynamique, c'est à dire ce qui régit la pression, le volume, la température des fluides, les échanges énergétiques à l'intérieur du système.

2.les relations de la dynamique des fluides.

Ces équations sont appliquées au système globe-atmosphère en le décomposant en éléments finis de petite taille (qu'on appelera petites boîtes). Elles décrivent les phénomènes à l'intérieur des boîtes et les interactions entre les boîtes. C'est l'explosion de la puissance de calcul des ordinateurs qui a permis au GIEC de tirer des conclusions sur le changement climatique.

Il est donc important de comprendre que le modèle est physique et non statistique. Par contre, il possède une incertitude (au sens de la physique et non du diagnostic) car  la description n'est ni parfaite ni exhaustive. Les résultats du modèle sont donc affectés d'une probabilité de se vérifier.

Toutefois, il est possible de vérifier la validité du modèle. Il suffit de mesurer les variables intervenant dans les équations en remontant dans le passé (concentration des gaz à effet de serre, température de l'atmosphère, de la surface des océans, pression, circulation océanique, niveau de glace, des océans, l'intensité du rayonnement solaire etc...) , puis de les rentrer dans le modèle, et enfin de voir si les résultats obtenus sont conformes à ce qu'ont donné ces mesures. Or les résultats sont conformes aux attentes. On reconstitue la description du climat du passé grâce aux modèles auxquels on a donné à manger les mesures des variations d'insolation et de concentration CO2 par exemple (travaux de l'université de Louvain, André Berger et Marie-France Loutre). On peut donc se servir du modèle en prenant les valeurs actuelles des paramètres (CO2 et insolation), leurs évolutions futures dans différents scenarii, pour prédire le climat et construire un futur de l'image de la terre (par exemple la configuration des océans, des glaces etc...). 

Comment, me direz-vous, mesure-t-on les évènements du passé? Il existe plusieurs méthodes: les carottages glaciaires, sédimentaires (paléoclimatologie), le relevé des isotopes (différents types de noyaux d'un même élément à nombre de neutrons différent pour un même nombre de protons et d'électrons), le relevé de la mémoire magnétique dans les sédiments et les roches volcaniques (paléomagnétisme).

Enfin, ce qui renforce la validité des modèles climatiques, c'est qu'ils donnent tous quasiment le même résultat alors qu'ils sont construits par des laboratoires différents. Il y a corrélation entre la concentration de carbone dans la haute atmosphère et le réchauffement de la température moyenne de la planète. L'homme est reponsable pour une bonne part de ce réchauffement, on le verra par la suite.

Maintenant, quelque soit les doutes que l'on puisse avoir sur cette influence, il est important de considérer que changer nos modes de vie nous apportera plus de confort, moins de nuisances, plus de ressources financières. Ce que nous épargnerons à la planète va forcément nous revenir en monnaie sonnante et trébuchante. Nous avons aussi une chance de limiter les dégâts associés à la mise en jeu d'énergies thermodynamiques considérables dans un temps court pour l'échelle géologique. Notre vitesse de réaction va être prépondérante.

 

 

 

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Published by Dominique Bied - dans changement climatique
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commentaires

leperlier 12/12/2007 12:18

Cela ne repond pas à ma question!! Pourquoi y-a-t-il différents types de climats sur la terre?

ALLARD 11/01/2007 23:30

Madame le Ministre,
On sent bien qu'il y a du flou dans l'étude des causes du changement climatique. Comme les hommes préhistoriques on se culpabilise devant le tonnerre en croyant qu'on a déplu aux dieux...
Pourriez-vous nous parler du PETIT AGE GLACIERE (PAG) de l'Europe et de l'Amérique du Nord du 13°siècle au milieu du 19°siècle. Et pourriez vous nous parler de l'OCM (optimum climatique médiéval) où la terre se réchauffa du 9° au 12° siècle, au point que la Vendée était une mer ?
La vie de "Gaïa" nous dépasse. Merci J. Lavelock. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire. Mais l'honneteté oblige a dire qu'on ne sait pas si tout cela n'est pas NATUREL.
Patrick Allard. Militant UMP ouvert à toutes les idées.

Dominique Bied 12/01/2007 23:11

L'horlogerie de la terre autour du soleil a fait varier le bilan radiatif et donc la concentration de CO2 dans l'atmosphère de 180 à 280ppm, lui-même agissant sur le bilan radiatif par un effet rétroactif. Les électroniciens et automatitiens parlent de boucle de contre-réaction, ou boucle de rétroaction. La concentration des autres gaz à effet de serre joue aussi un rôle, surtout le méthane qui a un pouvoir de réchauffement global très supérieure au CO2. Cette horlogerie a rythmé les périodes glaciaires et interglaciaires depuis 400 000 ans. La périodicité de ces évènements est de l'ordre de grandeur de quelques dizaines de milliers d'années (précession de l'axe, excentricité, obliquité). Rappelons que l'homme à rajouter 100ppm de CO2 depuis de début de la révolution industrielle.
 
Or, le programme NorthGrip (très récent 1999 2004) a montré qu'il y a eu des périodes de réchauffement de 16 degrés celtius sur Groënland. Ce sont les oscillations de Dansgaard et Oeschger. Ces périodes de réchauffement brutaux sur 50 ans se sont accompagnées, bien sûr avec un petit déphasage en temps, de violentes débâcles glaciaires. Ces périodes de réchauffement brusques ont été suivies de refroidissements pendant un ordre de grandeur du millier d'années. Tout se passe comme si l'amplitude du signal de température de faible fréquence (horlogerie de la terre à période de quelques dizaines de milliers d'années) était modulée par un signal de haute fréquence (les oscillations de Dansgaard et Oeschger).
 
Il y a encore débat scientifique sur les causes de ce phénomène. Il est dû soit à des phénomènes qui sont su ressort de la dynamique des fluides (circulation océanique), soit, ce qui est assez nouveau dans la communauté scientifique, au dégazage brutal du méthane contenu dans les hydrates. Pour le moment, la balance penche du côté des scenarii sans dégazage car la quantité de méthane relargué dans l'atmosphère ne suffirait pas à comprendre les 16° de réchauffement.
 
 Mais il y a une différence fondamentale entre l'époque préindustrielle et l'époque actuelle où la perturbation du cycle du carbone est beaucoup plus rapide, 200 ans. Ainsi, l'augmentation des températures pourraient induire un dégazage massif du méthane emprisonné dans les hydrates de faible profondeur. A la fin du printemps 2004, un bateau océanographique canadien a mesuré des températures inconnues jusqu'alors, n'excluant pas la catastrophe climatique. 
Les quelques années qui viennent éclaireront ce débat scientifique capital pour orienter les politiques publiques.
 
Je pense qu'en matière de réchauffement climatique, c'est la position de cap21, nous n'avons pas de joker. Nous n'avons pas le temps d'attendre les premiers prémices pour agir car les échanges thermodynamiques et les énergies mises en jeu seront telles que nous n'aurons pas le temps de nous adapter. Il faut donc se mettre à l'oeuvre tout de suite. Et cela, par bonheur, ne peut aller que dans le sens d'une meilleure qualité de vie et de confort. Vivre dans une maison ou un appartement qui consomme 15kWh par mètre carré et par an au lieu de 300 est plus confortable et nous enrichit en nous faisant dépenser beaucoup moins. Avoir une mobilité bien pensée au lieu de gaspiller plusieurs milliers de kilomètres seul en voiture fait gagner beaucoup. "Travailler plus", oui, mais en ne gaspillant plus les millions d'heures de travail perdues dans les transports. Baisser les coûts sociaux de la branche maladie, oui en rendant la qualité de l'air, de l'eau, de la nourriture non cancérogène. Cela représente un gain de pouvoir d'achat de plusieurs centaines d'Euros par mois pour les ménages et des millions d'Euros de dépenses en moins pour les entreprises et des profits supplémentaires. Les entreprises qui innoveront dans ces domaines seront les gagnantes de demain. Mais il faut vouloir faire décroître les activités les plus consommatrices de ressources. A cap21, nous avons cette volonté politique collectivement et chez chaque adhérent du parti, ce qui n'est pas le cas dans aucun autre parti, hormis peut-être les verts.