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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 22:22

Un certain nombre d’écrits commence à attirer l'attention du public sur des thèmes glissants. L'écologie serait une dictature car elle mènerait à une intrusion dans les choix de vie quotidienne des populations. Elle serait castratrice de liberté. S’ajoute à cela la stigmatisation des écologistes. On les montre du doigt en les décrivant comme des agitateurs de peurs, ce qui renforce cette idée de dictature. En effet, la peur induit le manque de confiance en soi, donc le recours à l’homme providentiel toujours tenté d’imposer des solutions par des contraintes fortes. Elle empêche la population de se prendre elle-même en main pour régler collectivement ses propres problèmes de fonctionnement, donc de s’émanciper, de se donner de la liberté durable.  

 

Il est légitime de se poser cette question. Elle amène cependant à discréditer  un discours pour écarter politiquement des mouvements émergents proposant des solutions innovantes.  

 

Se poser la question du développement durable revisite notre conception de la liberté, ou plutôt l’inventaire des différentes libertés. On peut opposer la liberté instantanée et la liberté durable, la liberté individuelle et la liberté collective.  

 

 L’exemple de l’usage de l’automobile et de la mobilité est très illustratif.  

 

Liberté instantanée :   je veux aller de la porte de chez moi à la porte de la destination aussi vite que je veux et quand je veux. 

Liberté durable : si je fais cela, je ne vivrai pas longtemps car l’accident de la route est proche. 

Liberté collective : si je fais cela, je risque de renverser des piétons et donc de priver des personnes de la liberté de vivre. 

Liberté collective encore : si chacun fait cela, on crée des embouteillages gigantesques et on bride la liberté de se déplacer. 

Liberté collective à nouveau : si les 6 milliards d’habitants de la planète font cela, alors les dégâts climatiques seront tels que les désordres des sociétés mettront en danger les démocraties.  

 

La question n’est donc pas tant « est-ce que l’écologie est une dictature ? », mais plutôt « comment peut-on mener le projet écologiste de façon démocratique en visant l’optimum des libertés.  

 

C’est tout le sens du combat pour l’autonomie des agriculteurs et du débat sur les OGM face aux semenciers, de celui des maisons autonomes en énergie pour ne pas assécher les populations à faibles revenus, des indépendances nationales par rapport aux énergies fossiles, des agriculteurs à l’Est de Las Vegas qui se battent contre l’agence de l’eau de la ville pour garder la liberté de vivre de leur travail, des cyclistes urbains qui se battent pour pouvoir se déplacer en sécurité, etc….  

 

Non, vraiment, se battre pour l’écologie c’est lutter pour la liberté de choix compatible avec un vivre ensemble acceptable. L’écologie, c’est regarder la réalité en face pour proposer des solutions adaptées. C’est faire en sorte que les populations s’approprient celles-ci et mettent en œuvre ensemble des modes d’action librement consenties. C’est faire la part des choses entre toutes les sortes de libertés.    

 

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Published by Dominique Bied - dans politique
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commentaires

Christophe Delanoë 15/02/2007 10:50

 Le mode de raisonnement de ton article s'approche de la problèmatique développée par la revue "Cosmopolitiques" où participent Latour B , Stengers I etc. Bon, c'est un peu Vert et à Gauche, n'empêche qu'il faut bien résoudre ce blème, en tâtonnant sans doute entre la reflexion théorique et les conflits pratiques.
La liberté est autolimitation !
La difficulté consiste ensuite à institutionnaliser l'affaire. Ce qui veut dire a priori que ceux qui ne sont pas capables d'autocontrôle devraient être écartés d'un pouvoir sur autrui qu'il n'ont pas sur eux- mêmes ! Le gag, car il y a bien sûr un gag , c'est que ceux qui hurlent à la dimension liberticide des nécessaires règlementations écologiques sont vraisemblablement incapables de cet autocontrôle, et donc renforceront à terme la nécessité de pratiques fascisantes beaucoup plus dures , faute justement d'avoir anticipé.
Salutations