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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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31 août 2005 3 31 /08 /août /2005 00:00

Sortons pour une fois des sentiers battus du transport pour parler de ce sujet en évoquant le tour de France et l'affaire Lance Armstrong. Cette affaire est affligeante à plusieurs titres.

Elle montre combien le tour de France est à l'opposé à 180° des valeurs du développement durable. Là où le sport doit véhiculer des valeurs d'éthique, de dépassement de soi, tout en protégeant sa santé sur le long terme, le sport cycliste véhicule ce qu'il y a de plus répugnant dans la vie: la triche, le mensonge, l'irresponsabilité, le vol d'image, le vol d'argent, la corruption, les réunions occultes avec des médecins véreux, la toute puissance de l'argent. De plus, ce servir d'une maladie pour donner le change au grand public afin de dissimuler les pratiques de dopage est tout simplement écoeurant. Le sport cycliste cache en fait ce que cap21 a toujours dénoncé, la manipulation du vivant. Ces pratiques relèvent plus de comportements mafieux que de l'héroïsme.

De plus, pour ceux qui ont assisté au tour, il est évident que celui-ci ne fait pas la promotion du vélo comme mode de transport, mais plutôt la promotion des automobiles et des motos, il fait l'apologie de la vitesse, du bruit, des klaxons etc...Nous vivons les heures les plus noirs du sport de haut- niveau et en particulier du sport cycliste.

Personnellement, j'ai souvenir, étant jeune, d'avoir admiré les coureurs du tour dans la montagne, scotché à la radio dans la ferme de mes grands-parents, accompagné des ouvriers agricoles faisant la traite des vaches. Les étapes étaient largement commentées à table. Je rêvais de faire comme eux, grimper des cols, suer, et trouver la récompense dans une descente bien méritée. C'est alors qu'à l'adolescence, après avoir utilisé mon vélo comme mode de tranport (nous n'avions qu'une voiture dans la famille), je me suis mis à parcourir les routes, souvent seul, puis avec mon épouse, puis avec mes enfants dans une remorque et à vélo, pour des randonnées au long cours, avalant plusieurs cols dans la journée avec mon sac de 25kg sur le porte-bagages. Lyon-Marseille en 3 jours, Tulle-La voulte en 3 jours par le Puy-Marie, 800km  en 8 jours dans les Vosges, le Jura, les Alpes, 800km en 8 jours dans l'arrière pays provençal avec le Ventoux, la croix de Valberg, Rouen-Bort les orgues aller-retour (1200km) en 3 semaines avec mon épouse, Nevers-les Gets, 800km en 8 jours (eh oui, je suis aller au sport d'hiver à vélo; il faut être un peu fou), les gorges du Verdon par la route des crêtes avec mon enfant dans une remorque, une partie de la route Napoléon par St-Etienne de Tinée et Beuil etc...

Les conditions de ces randonnées? Pas de médecins, de mécaniciens, de masseurs, de sponsors. Le soir, les jambes tetanisées par les efforts sont difficiles à mettre en route pour marcher, se détendre. Le couchage était souvent une grange ou un hôtel perdu dans la campagne. Et pourtant, le matin, il faut repartir pour atteindre son objectif, aller au bout. Dans ces conditions, vous avez rendez-vous avec vous-même, vous et encore vous. J'étais allé au bout de mes rêves de gosse. J'étais arrivé à gimper les cols d'Anquetil et Poulidor, mes héros de jeunesse. Ma récompense: voir des paysages fantastiques, prendre un immense plaisir dans ces descentes de col, goûter les applaudissements de quelques automobilistes et des enfants dans les voitures (eh oui, il y en a), connaître mes limites (les vraies), et tout cela à l'eau claire. De ces randonnées, j'ai gardé encore la capacité à plus de 50 ans de faire des cols hors catégorie du tour (classe Galibier), sans bagages (âge oblige, il faut ménager la monture), tout en restant assez frais au sommet pour faire une descente comme le col de la croix de fer en toute sécurité. Mais je peux vous dire que le paysage découvert en haut du col du Glandon n'a pas la même saveur quand vous ne l'avez pas mérité en transpirant un peu.

 Hélàs aujourd'hui, je déchante. Mes héros ne sont plus.

Qui sont les vrais héros? Armstrong ou cette dame de 70 ans qui va de Oissel à Rouen 5 jours par semaine pour aller à ses activités à vélo parcourant  ainsi 7000 km par an. Qui mérite les applaudissements?

Le sport cycliste a tout intérêt à faire son examen de conscience et à apprendre les valeurs du développement durable.

 

 

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

CHRISTIAN BEAUDIN 31/08/2005 20:42

Domique, tu te laches, et comme cela est bien écrit. Comme toi j'aime le vélo, je l'ai même pratiqué en compétition, et oui pour ceux qui me connaisse ? Plus de 10 ans j'ai même mes diplomes d'entraineur, etc.. Alors je connais.
Avant il y avait le Tour, une vitrine, avec déjà ses histoires de dopages, roger et le Mont Ventoux, c'était il y a 35 ans , mais cela restait le tour. Et puis il y a la Socièté du Tour, avec ses droits télé, des millions à gagner, sa sélection pour faire partie des équipes élues, le rachat des classiques par la dite Société du Tour, le rachat des autres Tour etc et voilà le résultat. Les jeux du cirques nouveaux sont là. Pourtant malgré tout j'aime le Tour de France, sa caravanne, son attente de plusieurs heures pour les voir passer 30 secondes et ne pas les reconnaitre.

Comment expliquer cette ambivalence ?
Serais-ce la folie du vélo.
Amitiés
Christian Beaudin
CAP 21 Région Centre