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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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18 septembre 2005 7 18 /09 /septembre /2005 00:00

Je voulais m'exprimer sur la sécurité aérienne suite aux accidents de cet été car il me semble qu'il y a quelque part une escroquerie intellectuelle à présenter le transport aérien comme le mode le plus sûr.

Certes, dans l'absolu, par rapport à la densité du trafic, cette affirmation est incontestable. Cependant, elle écarte un certain nombre de considérations sur les conditions d'usage du moyen de transport utilisé.

Il n'est pas scientifiquement acceptable de comparer deux modes comme la voiture et l'avion. L'un est un transport plutôt individuel, l'autre un transport collectif. Les conditions d'usage sont donc totalement différentes, et les conséquences d'un accident le sont tout autant.

L'automobile peut être un mode de transport très sûre si on a le souci de respecter des règles élémentaires. Si vous respectez les vitesses de sécurité, et bien souvent, cela veut dire rouler en deça des vitesses limites indiquées par des panneaux, si vous respectez les distances de sécurité, si vous évitez de rouler à certaines heures de la nuit (le Vendredi soir ou le Samedi entre 2h et 6h du matin par exemple.), si vous respectez les arrêts à effectuer toutes les deux heures, si vous n'emmenez jamais votre voiture aux limites d'adhérence (cela sous entend que vous connaissiez les techniques le permettant), alors, vous avez très peu de chance d'avoir un accident de voiture, ou à tout le moins, les conséquences ne seront jamais irrémédiables. En respectant les règles citées plus haut, vous pouvez anticiper tout évènement fortuit survenant sur votre route, vous vous donnez les moyens de réagir.

Lorsque vous prenez le volant, vous êtes seul rsponsable de votre état et de vos actes. Vous pouvez maîtriser votre risque. Ce n'est jamais le cas dans un transport collectif, surtout l'avion, où le nombre d'acteurs intervenant sur l'appareil est considérable, et où les intérêts économiques rentrent en opposition avec ceux de la sécurité, quoique puissent en dire les compagnies aériennes.

Beaucoup de managers de compagnies aériennes, plus compétents en business qu'en termes techniques, ont déclaré que les places d'avions à prix bas sont dues à des modèles économiques et non à un sacrifice sur la sécurité. Ils oublient bien vite que si on augmente les tournées des avions avec un taux de remplissage maximum, on augmente les contraintes mécaniques, et il faut donc augmenter la fréquence des maintenances. Je doute fort que les procédures tiennent compte de cela dans tous les cas de figure.

Les comparaisons statistiques n'ont alors aucun sens. Présenter l'avion comme le mode de transport le plus sûr est une mystification scientifique servant à cautionner des comportements de management discutables mettant en jeu la vie des passagers, comme par exemple ne pas faire les modifications demandées par les instances officielles dans les meilleurs délais sous prétexte que c'est économiquement coûteux de garder des appareils au sol. Ce raisonnement est aussi valable pour les appareils neufs.

La sécurité aérienne progressera encore lorsqu'elle ne se cherchera plus de fausses excuses. Plus que tout autre mode de transport, l'aviation doit rechercher la qualité totale, le zéro défaut. Le public est prêt à payer plus cher pour une meilleure sécurité si on sait valoriser celle-ci et si on sait être transparent. Il faut aussi expliquer au public que le transport doit être payé à son vrai coût si on veut progresser sur les questions de sécurité et d'environnement.

 

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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