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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 13:48

J'espère que Jean-Pierre Beltoise ne m'en voudra pas d'emprunter le nom de son école pour le titre de cet artcile, mais c'est celui qui représente le mieux la manière dont il faut envisager la sécurité routière. Jean-Pierre a été pionnier en créant son école conduire juste. En effet, le code de la route et les limitations de vitesse affichés sur les panneaux sont très loin d'assurer une sécurité routière optimale. Le code doit être accompagné de comportements adaptés des usagers de la route, ce qui est très loin d'être le cas, mais aussi de sanctions et de manière de les appliquer adaptées dans une optique de partage de voirie et de priorité aux usagers faibles, particulièrement en milieu urbanisé. Montesquieu a écrit l'esprit des lois. La loi et les règlements doivent être conçus et appliqués avec l'esprit qui va bien, non seulement les aspects défensifs que constituent la sécurité, mais aussi les aspects offensifs que constituent les problèmatiques climat et énergie. 

 

Jean-Pierre a été auditionné par une commission sécurité routière de l'assemblée nationale et certaines de ses phrases sont pertinentes et lourdes de sens. Nous avons tous des progrès à faire dans la prise en compte des dégâts causés par des vitesses inadaptées, des accélérations inadaptées, la prise en compte de la priorité qui doit être donner aux usagers faibles et à la conduite apaisée.

 

Je cite quelques unes de ces phrases essentielles qui illustrent mon propos.

 

"J’ai perdu un frère, puis ma première épouse, dans des accidents de la route. Ayant vécu dans le risque, j’ai fini par comprendre les raisons de ces deux accidents, a priori difficilement explicables. La voiture de mon épouse a percuté, avec un prototype matra, un poteau téléphonique sur l’autoroute A6, avant que ceux-ci ne soient protégés par des rails de sécurité. Mon frère a été percuté de face dans un virage par une voiture qui doublait ; après avoir considéré que le conducteur de celle-ci était responsable, je pense aujourd’hui que c’est mon frère qui roulait trop vite et qu’il a été victime d’un mauvais contrôle de sa vitesse. Il en va de même pour l’accident que j’ai eu en solex."

 

J'attire l'attention des automobilistes lecteurs de ce blog sur l'accident de son frère. Il faut mettre en rapport cet accident avec les deux phrases suivantes.

 

"Au volant, la véritable performance est de savoir éviter de mettre en péril sa propre vie et celle des autres, et d’être capable de supprimer tout risque d’accident, même simplement matériel."

 

Les derniers mots sont très importants, "même simplement matériel". Dans les statistiques de sécurité routière, on ne porte attention qu'à la frange extrême, les tués. En fait, il faudrait tenir compte des accidents matériels, même bénins. Les données reccueillies par les responsables sécurité des entreprises nous disent que plus les petits incidents matériels sont grands, plus le risque d'accident grave est grand. Une politique sécurité routière doit d'abord s'appuyer sur la diminution de ces incidents, indicateur réel des comportements. Il y a là un énorme travail à faire si on veut aller vers le zéro accident. 

 

"C’est sur ces bases que j’ai créé l’école « Conduire juste ». Nous travaillons aussi à convaincre les conducteurs du caractère aléatoire de l'efficacité des techniques d'urgence : un bon conducteur ne doit jamais avoir besoin de donner un coup de frein ou de volant au dernier moment ; lorsqu’il en arrive là, il est déjà dans l’erreur."

 

En tant qu'intervenant départemental sécurité routière, ce sont ces mots qui ont attirés mon attention. Si vous avez un accident et que vous êtes dans votre droit, vous avez toujours la possibilité de faire le bon geste si vous roulez à une vitesse adaptée, c'est à dire en général plus faible, adaptée à votre champ de vision. En effet, vous avez alors la possibilité d'anticiper une manoeuvre d'évitement sans précipitation, donc avec le maximum de chances de réussite. C'est le sens de l'intervention de Jean-Pierre sur l'accident de son frère. Lorsqu'on est dans l'urgence, on est déjà dans l'erreur. Or la vitesse et les accélération excessives nous conduisent à l'urgence.

 

Je continue à citer son audition:

 

"La philosophie de cette école est de faire en sorte que le conducteur ne soit jamais en situation d'urgence. Pour cela, nous déclinons quatre grands thèmes : préparer la conduite ; voir ; prévoir ; anticiper. Loin de prôner les qualités d’habileté d’un conducteur au volant, le référentiel « Conduire Juste » rappelle comment celui-ci doit se comporter en fonction des situations. La conduite n’est pas une affaire d’habileté, mais d’anticipation."

 

Une vitesse adaptée permet l'anticipation et le bon geste, la non urgence, et parfois, la vitesse adaptée est en dessous de la limite affichée par les panneaux, rarement au dessus, voire jamais. Un accident est toujours issu d'une situation que les conducteurs n'ont pas prévu à l'avance, ni même imaginé. Adapter sa vitesse à l'impondérable potentiel devrait faire l'objet d'un enseignement majeur dans les écoles.

 

"Lorsque j’ai créé l’école « Conduire juste », en 1986, on m’a expliqué qu’apprendre à conduire aux gens était utopique. On m’a pris pour un fou ! Cependant, depuis les années 1970, je travaillais sur l’insécurité sur les circuits automobiles, et donc sur l’insécurité routière. J’étais convaincu que les accidents de la route n’étaient pas une fatalité, mais la conséquence de comportements défaillants. Cette analyse a été confirmée par les études détaillées d'accidents menées par l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS) et le Laboratoire d'accidentologie, de biomécanique et d'étude du comportement humain (LAB). Elles ont montré que plus de 80% des accidents de la route sont dus à une erreur de conduite ; 50 % de ces accidents peuvent être imputés à une mauvaise perception du danger – l’apprentissage de la conduite rend les conducteurs respectueux d’un système mais ne leur apprend pas à être méfiants – ; enfin 40 % de ces accidents sont dus à de mauvaises interprétations et prévisions du danger.

Le référentiel incite le conducteur à modifier son comportement dans le sens d’une meilleure conscience des risques et d’une meilleure attention à ceux-ci, donc d’une plus grande méfiance, d’une plus forte exigence envers lui-même et aussi d’une meilleure tolérance envers les autres. La sécurité routière passe par un comportement de non agressivité, de tolérance et de respect des autres.

Nos formations ont d’abord pour objet de faire prendre conscience aux conducteurs de la nature et de l'importance des risques routiers. En développant des stratégies de perception des situations et d'anticipation des événements dangereux, nous enrichissons l'expérience des conducteurs face aux situations à risque et aux réponses qu'ils peuvent y apporter. Ce travail, autrefois effectué sur piste, l’est maintenant sur simulateur.

 

Nous développons également une attitude de respect de la règle et des autres usagers, ainsi que de tolérance et de courtoisie à l’égard de ceux-ci.

Enfin, nous valorisons une démarche de conduite éco-citoyenne.

Pour atteindre ces objectifs, nous avons élaboré un référentiel de conduite facilement mémorisable, applicable à toutes les situations, permettant à chacun de s'auto-évaluer et de progresser facilement. Nos exercices privilégient l'observation, l'imagination – voire la curiosité – et l'anticipation plutôt que la maîtrise de techniques d'urgence : un bon conducteur ne se met pas en situation d’urgence."

 

Les résultats significatifs en matière de sécurité routière ne seront obtenus qu'avec une formation obligatoire et permanente de tous les conducteurs sur ces bases. S'occuper de la drogue, de l'alcool, des grands excès de vitesse est très insiffisant pour diviser encore par deux le nombre des victimes.


 

 

 

 


 

 

 

 


 

 

 

 

 

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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