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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 20:11

  Alain Gest, député initiateur du projet, Mr Alfred Trassy-Paillogues, président du groupe automobile de la commission des affaires économiques à l'assemblée nationale (tiens tiens, pourquoi n'y a -t-il pas de groupe vélo, ou piéton, ou personnes à mobilité réduite?),  l'automobile club et 40 millions d'automobilistes poussent pour assouplir les sanctions sur les petites infractions à la vitesse.


Je ne suis pas du tout d'accord pour baisser la garde sur le retrait de points pour les petits excès de vitesse ni pour récupérer ses points  plus vite que le délai d'un an.


En effet, pour perdre 12 points sur des petits excès de vitesse, il faut faire 12 petites infractions à la vitesse coûtant un point, ce qui veut dire nécessairement que le conducteur prend l'habitude de toujours rouler aux limites.
Remarquons que la plupart des gens calculent leur vitesse réelle à laquelle ils s'autorisent de rouler par rapport à la tolérance généralement admise, soit 10% au dessus de la vitesse limite autorisée, ce qui provoque ces désagréments de retraits de points.
Cette attitude, de même que celle des associations d'automobilistes et des députés  montre en fait un manque certain de maturité face au problème de la vitesse. Cela relève plus d'une culture enfantine. La bonne attitude serait de prendre de la marge dans l'autre sens, soit 10% en dessous de la vitesse limite.  En sus, ce n'est pas très difficile. Monsieur Bussereau disait un matin sur une radio (RMC, dans l'émission matinale de Jean-Jacques Bourdin), que le nombre de conducteurs ayant perdu 12 fois 1 point pour de petits excès de vitesse était de 17 en 2009. Plus de 3/4 des automobilistes ont tous leurs points.

J'ajouterai qu'une marge d'erreur de 5km/h est admise par les forces de l'ordre, ce qui est déjà largement suffisant.
Rappelons que techniquement, l'énergie cinétique, et donc les distances d'arrêt, les réflexes d'anticipation, les distances de freinage, évoluent avec le carré de la vitesse.

10km/h de plus en zone urbaine serait catastrophique pour les usagers faibles (piétons, vélos, personnes à mobilité réduite).


Il faut que nos 40 millions d'automobilistes prennent l'habitude de rouler en dessous des limites (plutôt 10% en dessous) pour être sûrs de ne pas être sanctionnés. C'est important pour diffuser une culture de conduite apaisée, sans gestes précipités.


 Or la tolérance que ces messieurs (rappelons que seuls des hommes s'expriment sur ce point en ce moment) veulent mettre en place ne va pas dans ce sens et ne changera pas la barbarie routière auquel nous avons à faire face tous les jours, y compris par des soi-disant bons conducteurs maîtrisant sans faille, répètent-ils, leur véhicule. Je ne veux que citer le non respect des distances de sécurité, passible de 3 points, peu sanctionné, particulièrement dangereux. Sur autoroute, 90% des gens sont en infraction majeure sur ce point avec un niveau de danger potentiel inimaginable. Rappelons que 130km/h fait 35m/s, ce qui oblige à mettre 70m avec le véhicule qui précède en tout point et à tout moment. Le non respect des distances de sécurité est due en grande partie à cette culture de toujours être aux limites autorisés de vitesse, en excluant tous les autres paramètres de la sécurité routière. Sur autoroute, les dépassements "type formule 1", où celui qui dépasse se rapproche très près du véhicule qui précède pour doubler, sont légions et sont des infractions inacceptables au regard de la sécurité routière.

Ce n'est pas difficile, contrairement à ce qui est dit, d'être à tout moment en dessous des vitesses limites, on se crée facilement des sensations de conduite apaisée grâce à la force de l'habitude. Le transport durable en voiture, c'est d'abord changer notre rapport au temps et à la vitesse, surtout la vitesse de pointe, la plus dangereuse, alors que la vitesse moyenne est quasiment la même entre une conduite apaisée et une conduite aux limites.


L'argument sans cesse utilisé par le lobby automobile pour faire passer ces tolérances est que l'immense majorité des conducteurs ne sont pas des chauffards évoluant sous l'emprise de substances diverses. Or, de façon tout à fait inconsciente, une immense majorité des conducteurs est imprudente au volant, voire plus. En effet, l'accident est dû, par définition, à la survenue d'un évènement surprenant nécessitant un temps d'anticipation, donc une vitesse modérée. Ce temps d'anticipation est insuffisant en cas de non respect des trois éléments vitesse, distance de sécurité, champ de vision suffisant. Enormément de conducteurs, contrairement à ce que pense ces messieurs, sont hors jeu sur ce point essentiel.

Pour conclure Je vous invite à circuler en Suède pour comprendre ce qu'est une circulation apaisée.
 
Il ne faut surtout pas mettre en place la mesure de tolérance proposée par Alain Gest, ce serait catastrophique pour notre sécurité, cela détruirait tout le travail fait depuis Mr De Robien, notre travail pédagogique au niveau des inspecteurs départementaux sécurité routière, et donnerait un très mauvais signal uprès des usagers motorisés 2 roues ou 4 roues, de loin les plus responsables de l'hécatombe sur nos routes et voiries urbaines. 


 

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

Maurice THOMAS 20/11/2010 11:47



Le petit bout de la lorgnette!


S'il faut regarder et analyser les problemes de circulation à partir de la notion de points sur un permis de conduire, c'est que notre decalage par rapport aux réalités est tres important.


La vitesse en soit n'est pas le problème, la conscience de la vitesse est par contre essentielle et ce n'est pas la peur du gendarme qui rend la vision plus claire.


La notion de sécurité dans les villes doit être mise en évidence par la mise en place de zones graduées par danger, presence d'enfants, presence de handicapes , présence de piéton sur des sols
glissants ( pavés) ... etc . La prise de conscience est dans ce cas orientée vers la nature humaine , ainsi l'homme reprend une place centrale respectueuse de la vie.


Les interdictions de tous types implémantent systematique des reflexes de " border line" qui est le propre de l'homme ... dites moi que vous n'avez jamais usé de cette réaction!


Les cinglés de la vitesse ou de tout comportement hors limite existent  avec ou sans le flicage ...


Concernant la visite en Suede, il faut reprendre les bases de leur vie quotidienne, déplacement limité, horaire libre, garde d'enfant, rythme de travail moins stressant ..... ça aide pour une
conduite apaisée!


Conclusion: Avant de définir la trés bonne idée comme seule moyen de résoudre un problème ....  Il faut voir , comprendre et faire comprendre, réflechir sur l'amont et l'aval,
 maitriser tous les parametres influents. Cette belle idée sera peut être la bonne ( sans exclure aucune autre)



Dominique Bied 25/11/2010 22:31



Ce qui pose problème, ce sont les vitesses de pointe. Les limites de vitesse en France sont mal comprises. Ce ne sont que des vitesses maximum à ne pas dépasser. Or beaucoup de gens interprètent
comme si c'étaient des vitesses auxquelles il faudrait rouler.


Ceci dit, les sanctions sur les vitesses ne supprimeront pas les comportements de chauffards, par contre, elles calment la circulation générale. L'Allemagne, sur laquelle on a beaucoup d'idées
reçues sur la liberté des vitesses, est beaucoup plus calme aujourd'hui, mis à part de rares portions libres d'autoroutes, de plus en plus rare d'ailleurs, surtout en Allemagne du Nord.


Quand à la ville, la notion de ville 30 ne change rien au temps de parcours car la vitesse moyenne est de 22km/h déjà aujourd'hui.


La vitesse et surtout les interdistances sont un vrai problème chez nous. Il est grand temps de changer. Et on n'a pas le temps d'attendre 20 ans de politique homéopathique sur ce sujet. Nos vies
sont en jeu, ainsi que la formation à la conduite apaisée de nos jeunes.