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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 17:49

Le gouvernement joue du free jazz de mauvaise qualité en matière de sécurité routière. Il manque le cadre harmonique, le rythme n'y est pas, la créativité dans l'improvisation est inexistante, la mélodie est incohérente, on ne voit pas la réussité au bout du chemin qui a été choisi.

 

Pour ce qui concerne la partie sanctions et répressions, il ne faut jamais oublier qu'un contrôle, dans quelque activité que ce soit, n'est efficace que s'il est inopiné. Il est incontestable que la mise en place des radars, qu'ils soient fixes ou mobiles ont contribué à diviser par 2 depuis 2002 les accidents et le nombre des victimes. D'ailleurs, il a suffi que Mr De Robien annonce la mise en place future de l'installation des radars et de l'automatisation de la sanction pour que le nombre d'accidents baisse de 30%.

 

N'oublions pas que nous sommes partis de 16000 tués par an dans  les années 70. En 30 ans, nous avons péniblement divisé par deux ce chiffre par des dispositions très coûteuses sur les voitures et les infrastructures. Le seul contrôle de vitesse a encore divisé par deux le nombre des victimes en 10 ans, soit 3 fois plus vite. La vitesse est donc l'élément majeur dans la sécurité routière et cela s'explique aisément.

 

En effet, un accident est un évènement fortuit de nature à surprendre les usagers de la route. Il est essentiel de travailler là dessus pour aller vers une sécurité routière optimum. La route n'est pas faite pour prendre des risques afin de gagner du temps. La liberté de se déplacer en toute sécurité est plus importante que la liberté de prendre des risques. Les circuits sont faits pour satisfaire les montées d'adrénaline de chacun.

 

Or la vitesse, même dans le respect des limites indiquées, est un facteur majeur dans la génération de l'accident car elle ne permet pas au conducteur d'anticiper les évènements fortuits (y compris les non respects de règles et les imprudences des autres usagers), elle induit donc la surprise, génératrice de mauvais gestes en général. La vitesse réduit la largeur du champ de vision et oblige à se focaliser droit devant soi.

 

Elle est aussi un facteur majeur dans l'impact sur les victimes de par l'énergie cinétique. Rappelons que celle-ci évolue avec la masse du véhicule et le carré de la vitesse.

 

Si on veut réduire encore le nombre d'accidents, de blessés, de tués, il est indispensable d'améliorer la formation continue scientifique de tous les conducteurs pour prendre conscience du véritable danger que représente l'énergie cinétique. La transformation de l'énergie cinétique en énergie potentielle, la décélération encaissée par la matière molle qui est à l'intérieur du corps lors d'un choc, le calcul de la vitesse en mètres par seconde pour prendre conscience   de la nécessité de respecter les distances de sécurité, même en cas de trafic dense doivent être enseigner dans les auto-écoles avec beaucoup plus d'intensité.Les associations d'automobilistes, la plupart des journalistes de ce secteur, ont une attitude par trop enfantine avec ces paramètres et les règles associées, les limites.

 

Les mesures à prendre pour aller vers un nombre négligeable d'accidents, comme le font les suédois, sont donc d'une toute autre nature que la simple omission de panneaux ou l'interdiction de vente d'appareils avertisseurs de présence de radars, d'ailleurs techniquement impossible avec les smartphones.

 

Compte-tenu que la perfection n'existe pas au niveau des comportements, il est indispensable de réduire les vitesses de pointe sur tous les réseaux afin de réduire les impacts des évènements fortuits évoqués plus haut. 

 

Sur le réseau autoroutier, certes la somnolence est une cause d'accidents importante (1/3), mais cela ne se résoud pas en augmentant la vitesse pour maintenir l'attention d'un conducteur de toute façon fatigué. La solution réside dans un arrêt salavateur de 20 mn pour se reposer. Une réduction de la vitesse à 120km/h, des contrôles fréquents et des sanctions sévères sur les distances de sécurité, associée à l'obligation pour les constructeurs automobiles de créer des systèmes d'alerte somnolence pour les conducteurs dans tous les véhicules, anciens comme nouveaux. Rappelons que le non respect des distances de sécurité est passible d'un retrait de 3 points sur le permis de conduire. C'est donc considéré comme une infraction très grave. Hélàs, elle est très peu sanctionnée.

 

Une autre mesure très efficace serait d'obliger tous les constructeurs automobiles à installer un compteur de vitesse en mètres par seconde, en sus du compteur en km/h.

 

Toujours sur la vitesse, il faudrait mettre le délit de grand excès de vitesse à 15 ou 20km/h au dessus de la vitesse autorisée. En effet, à ce niveau, ce n'est plus le manque d'attention ou une maladresse, mais un acte intentionnel conscient (puisque la formation a été donnée).  Nous avons besoin de simplifications. Deux niveaux d'excès de vitesse suffisent, un niveau de petit excès de vitesse et un niveau délicteux nécessitant une intervention des tribunaux.

 

Sur le réseau secondaire, l'immense majorité de ce réseau devrait être limité à 70km/h. Les routes sinueuses et peu larges ne supportent pas de vitesses plus élevées. Il est nécessaire de renforcer le contrôle de vitesse sur ces réseaux. Peut-être faut-il inventer un code des couleurs représentant les limites de vitesse d'un réseau (à l'instar des pistes de ski).

 

Sur l'aspect formation continu, de la même façon qu'existe un contrôle continu du véhicule, il faudrait mettre en place une formation continu des usagers motorisés de la route tous les dix ans par exemple, avec obligation d'attestation par vignette.  

 

En ville, l'immense majorité des rues sont résidentielles. Une inversion de logique des limitations de vitesse est nécessaire. Par défaut on met 30km/h et par exception 50. Aujourd'hui, c'est l'inverse.

 

Ensuite, 3/4 des déplacements automobilesfont moins de 5km. Il faudrait une politique cyclable réellement ambitieuse à l'image de celle appliquée en Scandinavie afin d'augmenter le nombre de véhicules à énergie cinétique faible. Le gouvernement ferait preuve alors d'une réelle innovation.

 

Enfin, un effort grandissime est à effectuer sur les deux roues à moteur qui, d'après l'observatoire de la sécurité routière, dépassent les limites de vitesse en ville de plus de 90% pour 90% d'entre eux régulièrement.

 

On voit que nous sommes très loin d'un tel plan. Pourtant, c'est le seul moyen d'arriver au résultat.

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

Richard 27/06/2011 21:35



Mon propos n'était pas de contredire vos données mais de nuancer en avancant d'autres données qui ne sont pas souvent mises en avant.

Vous me répondez que "dans le cas des deux roues à moteur, la vitesse était normale eu égard aux conditions de circulation. Nous ne sommes pas obligés d'adhérer à ce constat si on veut améliorer
la sécurité surtout en ville"
-> pourquoi ?

Toujours sur les 2 roues, vous dites "Il suffit aussi régulièrement de circuler sur l'A15 entre 17h et 20h pour s'apercevoir des excès de vitesse considérable avec slalom à plus de 130km/h".
-> je suis d'accord qu'il existe des motards peu respectueux des autres usagers de la route mais je pense qu'il faut veiller à ne pas faire de généralités (Paris n'est pas la France). La FFMC
lutte contre ces comportements.

"Il faut s'occuper aussi des cas non extrêmes et ou l'aclool n'intervient pas"
-> d'accord mais il me semble que la priorité est de s'occuper en premier lieu du/des facteur(s) les plus important(s). Aujourd'hui, la problématique de l'alcool n'est pas mise en avant (ou
trop peu) alors qu'elle représente 1/3 des causes d'accidents.

"Vous dîtes qu'il faudrait insister sur l'adaptation de la vitesse aux conditions de la circulation. C'est exact. Le problème, c'est que l'immense majorité des conducteurs ne respectent pas cela"
(...) "La bonne mesure à prendre et qui n'a jamais été prise est d'envoyer les conducteurs régulièrement en formation continue"
-> je suis tout à fait d'accord. La formation initiale n'est pas assez complète et la formation continue est inexistante. La FFMC propose depuis longtemps de changer cela (http://www.ffmc.asso.fr/spip.php?article732)

"on pourrait apprendre à n'utiliser la voiture que pour certains usages"
-> encore une fois je suis tout à fait d'accord avec vous.

Globalement, il faut changer les mentalités et les comportements.

Cordialement

Richard



Dominique Bied 27/06/2011 22:36



Le fait d'être contredit ne me dérange pas. Je suis convaincu que notre devoir d'adultes responsables est d'arrêter avec ce faux discours qui n'a que trop durer et qui consiste à se cacher
derrière les autres causes d'accident pour garder le privilège de rouler à la vitesse que l'on veut en pensant que les circonstances extérieures nous le permettent.


Le problème avec la communication de la fédération des motards en colère et avec les associations d'automobilistes et leurs avocats est que l'excellent discours sur la maîtrise, la formation ne
sera jamais crédible tant que ces associations n'admettrons pas que la vitesse est toujours soit une cause majeure, soit l'élément impactant majeur dans les conséquences d'un accident de la
route. Vous serez crédible quand vous aurez un autre discours sur la vitesse. Même à vitesse normale, par exemple sur un boulevard urbain, le risque d'impondérable est grand donc la vitesse de
pointe doit être réduite. Le problème des accidents de la route est qu'ils ont souvent lieu sur des trajets quotidiens et à moins de 15km du domicile, là où l'alcool n'entre pas en jeu. Cela veut
dire que les acteurs de la route n'ont pas su anticiper les impondérables de la route à cause d'une vitesse soit disant normale, mais en fait excessive avec à la clé des mauvais gestes de
conduite.


Tous les usagers de la route cohabiteront d'autant mieux que la vitesse est réduite. Cela rend la route plus accessible à plus de gens et plus acceptable socialement.


La meilleur exemple serait d'inverser la logique de limite de vitesse en ville. Au lieu de mettre 50 par défaut et multiplier les coûts de signalisation et les zones 30, mieux vaut mettre la
ville par défaut à 30 et par exception à 50.


Pour l'usage alternatif à la voiture, 3/4 des déplacements voitures font moins de 5km à moins de 20km/h de moyenne avec 1.4 personne dedans. Ces parcours peuvent être faits à vélo, mode de
transport le plus rapide en porte à porte en milieu dense, mais aussi mode à vitesse de pointe la plus faible. C'est le mode mécanisé le moins dangereux pour le conducteur et les autres. Cerise
sur le gâteau, plus l'usage du vélo augmente, plus l'usage et la vitesse des motorisés baisse. De nombreuses études françaises et néerlandaises le montrent.


Enfin, il faut baisser drastiquement la vitesse sur le réseau secondaire et équiper celui-ci de radars de contrôles en nombre.


 


 


 



Richard 07/06/2011 00:10



Vos remarques sur la vitesse sont pour la plupart vraies. Je voudrais néanmoins les nuancer.
La vitesse est un facteur d'accident, toujours aggravant, mais pas le seul. Quelques chiffres pour illustrer mon propos.

38 % des tués ne sont pas motorisés (en 2009, voir http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/ressources/bilan/2009/sources/index.htm, page 24)

Pour les 2 roues motorisés :
- dans plus de la moitié des cas, la vitesse d'approche du deux-roues avant l'évènement ayant causé l'accident était inférieure ou égale à 50 km/h
- [La différence de vitesse] dans 74% des cas, cette vitesse a été considérée comme normale par rapport aux conditions de circulation
- dans 36,6% de tous les cas recensés, le principal facteur causal de l'accident a été l'incapacité du conducteur de l'autre véhicule à percevoir la présence du motocycliste

(source : rapport MAIDS évoqué sur :
http://www.universcience.fr/fr/science-actualites/articledossier-as/wl/1248100500462/mal-vus-les-deux-roues-/packedargs/currentPos&did/packedvals/2&1248100540870)

30 % des accidents sont du à l'alcool, et pour ce facteur, rien n'a été fait depuis de nombreuses années.
(en 2009, voir http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/ressources/bilan/2009/sources/index.htm, pages 31 et 181)

Voici quelques remarques pour compléter ma réflexion.
La vitesse est un facteur facile à contrôler, qui plus est de façon automatique, donc facilement sanctionnable, donc financièrement rentable.
La mesure de l'alcool nécessite des moyens humains pour effectuer les contrôles, elle est donc moins rentable.
Les motocyclistes meurent statistiquement plus que les autres usagers car ils sont tout simplement physiquement plus vulnérables (pas de protection autre que l'équipement du motard : casque,
blouson, pantalon, bottes, gants qui sont des éléments souples - hormis le premier cité).

En conclusion :
La vitesse n'est pas forcément la seule cible sur laquelle il faut se focaliser (son adaptation en fonction du contexte de la circulation devrait être mise en avant). L'alcool et les
comportements sont deux autres leviers.
Autre information importante : les usagers qui possèdent 2 permis de conduire ont 3 fois moins d'acidents que les autres (source : mutuelle des motards) car ils possèdent plusieurs visions de la
route, d'où une plus grande vigilence. Il est évident que la formation et la conscience du risque sont des facteurs de diminution de l'accidentologie.

Cordialement

Richard



Dominique Bied 11/06/2011 23:12



38% des tués ne sont pas motorisés dites-vous, mais combien, sur ces tués sont responsables et combien sont des victimes de véhicules motorisés? Beaucoup trop en tout cas. Et puis, si on veut
avancer encore plus sur la sécurité routière, il est impossible sans améliorer considérablement le respect du couple vitesse distance de sécurité en y ajoutant la distance de visibilité.


Vous dites que dans le cas des deux roues à moteur, la vitesse était normale eu égard aux conditions de circulation. Nous ne sommes pas obligés d'adhérer à ce constat si on veut améliorer la
sécurité surtout en ville. Il suffit de voir ce qu'il se passe à Paris, où sans avoir une technique approprié, il est impossible de circuler à vélo au milieu du trafic. Il suffit aussi
régulièrement de circuler sur l'A15 entre 17h et 20h pour s'apercevoir des excès de vitesse considérable avec slalom à plus de 130km/h.  


Certes l'alcool est un facteur important, mais plus de 60% des accidents ont lieu sur des parcours courants à moins de 15km du domicile.


 


Onne construit pas une vraie politique de sécurité routière sur les seuls tués et sur des cas extrêmes. Il faut s'occuper aussi des cas non extrêmes et ou l'aclool n'intervient pas.


Vous dîtes qu'il faudrait insister sur l'adaptation de la vitesse aux conditions de la circulation. C'est exact. Le problème, c'est que l'immense majorité des conducteurs ne respectent pas cela
(distance de sécurité sur autoroute, vitesse en milieu dense, vitesse en conditions atmosphériques dégradées. Dans l'immense majorité des cas, les gens ne sont pas en condition d'anticiper un
impondérable sur la route pour effectuer le bon geste, et la route n'est pas un circuit de course sécurisé où les évènements fortuits sont très rares. Tel que les gens circulent aujourd'hui, nous
avons beaucoup de chance de ne pas avoir plus de victimes. C'est un petit exploit. Or il ne faudrait pas que ce soit un exploit, mais la normalité.


La bonne mesure à prendre et qui n'a jamais été prise est d'envoyer les conducteurs régulièrement en formation continue pour vérifier leurs connaissances, leurs pratiques et en enseignant le
conduire juste. En sus, on pourrait apprendre à n'utiliser la voiture que pour certains usages et pas d'autres dans une optique de développement durable. 3/4 des déplacements automobiles font
moins de 5km, la moitié moins de 3km, le quart moins de 1km.