La séquence environnement de ce soir sur France 2 dans le journal de David Pujadas est un bel exemple de présentation partielle discréditant une énergie renouvelable, l'énergie éolienne. La
ficelle est énorme et pourtant peu de monde sont capables de décoder la manipulation. Ce type de reportage est plutôt un remplissage médiocre de rubrique régulière du journal.
David Pujadas, pour présenter sa séquence pose la question "l'énergie éolienne est-elle si écologique que cela."?
Le caractère écologique de cette énergie renouvelable n'est regardée qu'au travers de son apport à la lutte contre l'effet de serre, ce qui est une stupidité en France.
David Pujadas a donc orienté le débat entre les "pour" qui affirment que l'éolien réduit de 10% les émissions de gaz à effet de serre et les "contre" qui affirment que l'éolien
n'est pas efficace car il réduit les émissions de 0,3%.
Ce débat n'a pas de sens pour plusieurs raisons.
L'effet de serre est du essentiellement à la consommation d'énergie dans les transports, le chauffage dans l'habitat, à l'élevage avec les dégazages de méthane, et l'industrie.
La consommation d'électricité représente quelques % de la consommation totale et émet peu de gaz à effet de serre en France car nous sommes très nucléarisés avec un procédé d'enrichissement
d'uranium peu émetteur de gaz à effet de serre.
C'est moins vrai dans les autres pays où l'électricité est à dominante charbon.
Analyser l'éolien au regard de l'effet de serre est absolument insignifiant en France et ne peut constituer un argument contre ce type d'énergie.
Par contre on peut avoir un débat pertinent sur la part d'éolien et le nucléaire ou la place de l'éolien dans le bouquet énergétique électrique qui permettrait de réduire les déchets radioactifs.
Rien de tout cela n'est présenté dans ce journal.
Evidemment, dans la ligne du reportage, la critique de cette énergie se construit autour de l'aspect intermittent de la production obligeant à coupler cette source à une centrale thermique,
ce qui émet du gaz à effet de serre.
Mais personne ne parle du couplage à des centrales cogénération au biogaz, aussi peu émetteur qu'une centrale nucléaire française.
Bref, voir un dossier par le petit bout de la lorgnette peut conduire à une désinformation de la population, ce qui n'est pas assurément la mission d'un service public de télévision.
Voici des calculs de coin de table édifiants montrant l'enjeu énergétique d'une politique vélo efficace dans notre pays. Les résultats sont loin d'être négligeables.
Une voiture se déplace 3.3 fois par jour sur 40km, soit une moyenne de 12km par déplacement.
Dans un temps où le débat énergétique se centre autour du pétrole, il est intéressant de regarder dans la science fondamentale la relation entre la stabilité des systèmes et les énergies mises en jeu.
On trouve alors que les systèmes à haut niveau d'énergie sont toujours instables.
Quelques exemples: dans la structure de l'atome, les électrons sont réparties en couches autour du noyau. Celles-ci sont caractérisées par leur niveau d'énergie. Un électron qui passe d'une couche proche du noyau à une couche plus externe suite à un apport énergétique (bombardement d'électrons, d'ions, ou de photons) ne demande qu'à revenir à son état initial en émettant un photon dont la fréquence caractérise le niveau d'énergie. Plus l'électron saute de niveaux d'énergie, plus son état est instable.
On peut prendre des exemples dans d'autres domaines comme la thermodynamique ou la mécanique. Lorsque vous augmentez les vitesses de pointe sur les routes, vous augmentez l'instabilité du système.
Un développement ne peut être durable que si nous trouvons un mode de consommation sobre en absorption de ressources énergétiques.
La science fondamentale nous trace donc le chemin.
J'ai assisté à la quasi totalité des débats sur le contournement Est de Rouen, ainsi qu'à la réunion de clôture du débat sur l'EPR. Il est donc intéressant de comparer le fonctionnement de ces deux débats, de dégager des dénominateurs communs.
Manifestement, une des préoccupations majeures exprimées par les participants opposés à ces projets est le coût de ces ouvrages. Dans les deux débats est apparue la question de la disponibilité de l'argent public pour les politiques alternatives. Ce point est relevé par le compte-rendu de la commission du contournement, et a été relevé lors de la réunion de clôture EPR.
En effet, on ne peut clamer sur tous les toits qu'il faut mieux utiliser l'argent public et parallèlement engloutir 600 millions d'Euros minimum dans un contournement dont on sait qu'il ne règle pas les problèmes de déplacements sur le long terme et 3 milliards d'Euros dans un ouvrage qui ne permet pas de résoudre les problèmes énergétiques de la France, alors que nous avons besoin de financement pour développer les économies d'énergie et les sources alternatives et renouvelables.
Ensuite, dans les deux débats, le maître d'ouvrage ne s'attendait pas à une telle demande de transparence et de clarification sur la gestion de projet ni à la qualité de l'argumentation. Aussi bien EDF que la DDE ont du faire amende honorable et déclarer qu'ils étaient prêts à compléter leurs études.
Le développement durable ne pourra se construire que si on rétablit la vraie économie, c'est à dire maximiser les profits et minimiser les coûts. Minimiser les coûts veut dire en particulier casser avec les idées suivantes:
la demande d'électricité augmente donc il faut augmenter l'offre énergétique, le trafic automobile augmente donc il faut construire des autoroutes. Ce discours est développé par les deux maîtres d'ouvrages dans les deux cas.
Nous avons fait la même chose dans les années 60 avec l'inflation. Les prix augmentent donc j'augmente les salaires etc....Nous avons du rompre avec cette logique. Aujourd'hui, les particuliers ont des salaires qui stagnent pour maîtriser l'inflation et faire face à la concurrence alors que l'état encourage l'inflation énergétique alors même que la loi sur l'énergie indique que la première arme à mettre en avant est l'efficacité énergétique.
Lors du débat sur l'énergie qui a eu lieu sur France 3 dans l'émission de Christine Ockrent en fin d'année dernière avec Michel Edouard Leclerc, celui-ci déclarait, à propos de l'augmentation du prix des carburants, que l'état devait baisser la TIPP pour relancer le pouvoir d'achat des gens. On voit bien là la vision courte vue amenant à des propositions conjoncturelles alors qu'il faut que l'urbanisme soit structurellement construit pour diminuer la dépendance à l'automobile. Même sur l'aspect conjoncturel, Mr Leclerc, tout comme Mr Desmarets qui était là également, ont oublié de passer une vitesse sur l'offre GNV qui est disponible aujourd'hui à peu de frais si les synergies se mettent en place.
De la même manière que nous avons maîtrisé l'inflation, nous devons maîtriser l'offre énergétique pour que la population puisse bénéficier d'une offre permettant d'exercer les fonctions de base de la vie à moindre coût.
