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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 23:33

Il est absolument incroyable de voir le niveau d’improvisation des acteurs institutionnels dans le traitement des conséquences de cette catastrophe. On cherche la solution quand l’évènement est là. Dans l’industrie, une méthode est très connue pour anticiper les problèmes d’exploitation éventuels dans une production. Il s’agit de l’AMDEC. Cela veut dire l’analyse des modes de défaillance, de leurs conséquences et de leur criticité. Cette méthode permet de faire une analyse exhaustive des défaillances potentielles d’une production, d’imaginer et de tester des solutions à priori pour résoudre le problème et ses conséquences.

 

Il est ahurissant qu’une société comme BP se soit laissé aller à de telles négligences. Dieu Merci, BP n’est pas TOTAL, et elle est prête à assumer. Mais le mal est fait.

 

Cette catastrophe doit aussi nous faire réfléchir sur l’accident potentiel du nucléaire. Rappelons qu’un évènement à probabilité même faible est certain. On ne sait pas quand il va se produire, mais il se produira. Les conséquences d’un accident nucléaire seront autrement plus sérieuses et à large échelle que celui de la Louisiane.

 

L’accident pétrolier est à probabilité faible, mais il est arrivé. Il en est de même pour AZF ou Bopal, ou Tchernobyl.

 

L’autre leçon de cette catastrophe et des autres est l’état de presque panique du personnel technicien. Et cette panique est compréhensible dans une réaction souvent en chaîne dont on ne peut prévoir tous les aléas.

 

Nous faisons, dans l’industrie, des AMDEC pour des produits insignifiants en risque pour les populations avec un soin tout particulier. Pourquoi ne le fait-on pas pour ces industries à risque?    

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Published by Dominique Bied - dans management et environnement
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5 mars 2006 7 05 /03 /mars /2006 14:29

Le principe de précaution est aujourd'hui un concept qui figure dans la charte de l'environnement, elle-même incluse dans la constitution, c'est à dire l'élément juridique le plus amont. Pourtant, lors des débats parlementaires sur cette charte, de nombreuses voix se sont élevées pour dire que ce principe allait bloquer toute l'économie, ralentir le progrès etc...

Ce débat contradictoire donne l'occasion de remettre sur la table des éléments de réflexion permettant de modifier les représentations qu'ont les hommes politiques et les chefs de grandes entreprises aux commandes actuellement.

Tout réside dans le contenu que l'on met dans les mots progrès, économie, croissance. La représentation du progrès en cours est celle qui consiste à reproduire les modes de fonctionnement existants de la société en réparant à la marge les dégâts faits aux ecosystèmes. Les acteurs économiques existants cherchent finalement à grandir dans les mêmes schémas. L'anticipation sur les évènements climatiques futurs par exemple est faible, malgré des moyens de mesure de plus en plus performants.

Si on considère que ces schémas nous mènent à des mauvaises surprises au niveau de la planète qui nous fait vivre, il est nécessaire d'inclure dans les notions de progrès et de coissance des éléments innovants permettant d'éliminer les impacts négatifs de certaines activités et d'en créer d'autres, dont la croissance rétablira l'équilibre des écosystèmes dont nous sommes une composante. 

Ceci veut dire que des activités économiques disparaîtront ou s'adapteront, d'autres apparaîtrons. Ceci décrit finalement le fonctionnement normal de l'économie.

 Les grands monopoles tels que TOTAL, EDF,etc... ne peuvent s'accaparer les innovations technologiques en empêchant la concurrence d'émerger, en retardant la mise en ouvre de technologies plus propres et moins coûteuses tant que les processus précédents n'ont pas épuisés tous leurs fruits. C'est alors le consommateur qui paie la facture de cette mauvaise gestion.

Ils ne peuvent non plus chanter sur tous les toits qu'il faut s'adapter, être réactifs, et  en même temps refuser le dynamisme de l'économie innovante mettant le principe de précaution dans leur cahier des charges de produits le plus en amont possible, y compris même dans le choix des produits mis sur le marché.  C'est là que nous abordons la version positive du principe de précaution. Le chef d'entreprise qui se replie sur ces activités habituelles ressent le principe de précaution comme une contrainte insupportable. Celui qui en fait une contrainte lui permettant de trouver des nouvelles valeurs ajoutées est dans l'innovation et conçoit des produits lui permettant de trouver de nouvelles perspectives de développement. La firme BP par exemple s'engage résolument, beaucoup plus que total, dans une révolution industrielle, celle du "sans-pétrole".

Cette dualité de vision apparaît clairement dans l'interview de François Ewald, philosophe et président du conseil scientifique de la fondation pour l'innovation politique, dans le Hors-Série d'Enjeux les échos de Décembre 2005.

François Ewald est un ardent adversaire du principe de précaution, qui représente pour lui la plus grande défaite de l'esprit des lumières. Voici ce qu'il déclare:

"Les problématiques de protection de l'environnement servent à la promotion constitutionnelle d'un principe de précaution destiné à donner, à ceux qui s'en prétendent les défenseurs, le privilège de mettre la puissance judiciaire au service de leur cause."

Il ajoute:

"L'évidence sécuritaire a pris un tel poids que c'est la liberté -celle d'aller et venir, d'entreprendre, de travailler, de chercher et d'innover- qui apparaît désormais comme une menace."

On est là dans la vision castratrice du principe de précaution.

Il dit encore, à propos de la démocratie participative et des débats publics:

"Ces batailles-là expriment la volonté des minorités d'imposer leur loi en prenant le pouvoir sur ce qui fait le pouvoir du pouvoir: l'imaginaire, l'émotion, les médias, les juges...Pour déstabiliser les pouvoirs en place, pour instiller le doute et la suspiçion, rien ne vaut l'arme du débat et le jeu désordonné de la démocratie participative." 

Là, on est vraiment sur des terrains glissants. C'est un peu facile de stigmatiser la démocratie participative qui n'est qu'émergente en France.

En fait, tout est dans l'interprétation que nous faisons du principe de précaution, dans la communication et l'usage industriel que l'on en fait pour améliorer notre vie quotidienne collective et la faire durer. Il s'agit aussi de ne pas faire du développement technologique, de la liberté individuelle une autre dictature limitant notre espérance collective de vie. En ce sens, prendre le principe de précaution comme vecteur d'innovation, c' est à dire trouver des modes de vie et des process à prélèvements minimums sur la planète, est une nécessité. Même si ce principe peut apparaître castrateur dans un premier temps, une analyse approfondie montre que c'est un formidable vecteur de progrès si on sait se l'approprier de façon responsable. Il a aussi le mérite de porter au niveau constitutionnel une anticipation des risques et ainsi impulser les recherches pour les connaître et trouver des solutions durables. 

Un principe de précaution bien compris n'est pas incompatible avec une prise de risque économique et l'esprit d'entreprise. Il permet de les orienter.  

  

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25 février 2006 6 25 /02 /février /2006 19:29

Les politiques qualité dans les entreprises ont considérablement évolué depuis les années 60, surtout depuis que des firmes comme Toyota se sont engagés dans le principe de qualité totale. 

 Pour simplifier,  

Année 60: une usine qui produisait des quantités importantes avec beaucoup de contrôleurs, une usine qui fabriquait, une autre qui réparait, beaucoup de stocks, une diversité de produits faible.   

On avait donc deux usines, une qui faisait, l'autre qui réparait et triait.   

Actuellement: une usine cherche à produire à 0 défaut en recyclage interne et externe, 0 stock.   

C'est à cette seule condition que les entreprises ont pu survivre à la concurrence généralisée. On est d'ailleurs passé de % de défauts à des ppm (partie par million) de défaut. C'était encore plus vital dans l'industrie du semi-conducteur, où l'intégration galopante des fonctions électroniques dans une surface de silicium de plus en plus petite obligeait les ingénieurs à obtenir des niveaux de qualité olympiques à chaque étape de process. On a l'habitude de dire qu'un niveau de défaut X à une étape n produit un niveau X/10 à l'étape n+1, ceci dans des processus exempts d'accidents majeurs de qualité. Un défaut qualité découvert à l'étape n+1 coûte dix fois plus cher que s'il est découvert à l'étape n.   

Nos modes de vie actuels fonctionnent comme les entreprises des années soixante vis à vis de notre planète:   

-Puisque la consommation énergétique par habitant et par point de PIB augmente, alors trouvons une énergie inépuisable et nous allons cacher les déchets en attendant que la technique idéal soit trouvé.  

-Puisque nous voulons une augmentation infinie des rendements agricoles, fabriquons des OGM et nous verrons ensuite comment réparer les dégâts (santé, érosion des sols etc...).   

-Puisque la demande de mobilité augmente, construisons des routes, produisons des énergies fossiles, la technologie nous permettra d'emprisonner le carbone dans le sol (dixit Mr Desmaret dans France Europe Express en fin d’année dernière) .  

-Puisque le traitement actuel des déchets ne permet pas d’absorber l’afflux de touristes, continuons de construire des incinérateurs, les filtres anti-dioxines feront le reste.   

-Puisque le diesel existe, n’y touchons pas, les filtres anti-particules feront le reste.   

Etc…   

Bref, notre mode de vie est une usine des années soixante, une usine du passé, qui ne fait que produire, trier, réparer et qui a toutes les chances de mettre la clé sous la porte.   

Si on veut mener une politique d’environnement ambitieuse, il faut relever le défi de construire le mode de vie du 21ème siècle, qui minimise les consommations et émissions de ressources pour chaque fonction (processus) de la vie.  En France particulièrement, nous ne sommes pas en avance.   

 

 

 

 

 

 

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15 février 2006 3 15 /02 /février /2006 23:56

Depuis une trentaine d'années en France, nous n'arrivons pas à tenir les objectifs environnementaux annoncés dans les discours. Les causes de ce phénomène sont plus à trouver dans la façon de conduire ces politiques que dans les boucs émissaires que constituent les lobbies, les Etats-Unis, George Bush ou autre.

Il existe depuis longtemps, dans les entreprises, des outils pour conduire le changement. Ceux-ci ne sont pas appliqués dans la conduite des politiques annoncés dans les programmes électoraux, spécialement au niveau de l'environnement. Pire, on prend des mesures qui aboutissent à des résultats inverses. Ces outils sont ceux employés pour gérer la qualité des produits, gérer les projets, gérer une production. Dans les prochains articles, je ferai souvent référence au fonctionnement du  monde de l'entreprise pour montrer nos carences actuelles dans la gestion du développement durable, et ceci à tous les points de vue.

La gestion de la qualité dans l'entreprise a considérablement évolué depuis les années 60 pour arriver à des résultats exceptionnels (quelques défauts sur une production de 1 million de produits avec des outils popularisés par Toyota en particulier).

La puissance publique ferait bien également de méditer cette citation venant de chez Toyota, donc du monde de l'entreprise de production:

"Toute ressource étant rare et précieuse, cela conduisit logiquement à en chercher l'exploitation optimale, en éliminant tout gaspillage."

Nous sommes très loin, avec le nucléaire (faire croire aux gens que nous trouverons l'énergie infinie), les OGM (épuisement accéléré des sols), la construction échevelée de routes et de parkings (épuisement des ressources fossiles et émissions de gaz à effet de serre), de ce genre de raisonnement, pourtant nécessaire pour la sauvegarde de la planète. Il y a un océan entre la gestion de l'entreprise, qui a prouvé toute son efficacité, et celle de l'environnement. 

 

Toute ressource étant rare et précieuse, cela conduisit logiquement à en chercher l'exploitation optimale, en éliminant tout gaspillage.

En ce qui concerne l'action publique pour maîtriser les émissions de gaz à effet de serre par exemple, les résultats sont pitoyables. Il n'existe pas de management sur le sujet. On fait surtout beaucoup de ronds dans l'eau.   

Commençons par énoncer 4 commandements devant servir de base à des actions efficaces à résultats rapides. Ces commandements sont ceux de la méthode Kaizen, un des outils qualité dans nos usines de production.

1. Abandonner les idées fixes, refuser l'état actuel des choses.

Exemple: refuser la gestion actuel de notre espace urbain et innover.

2. Au lieu d'expliquer ce que l'on ne peut pas faire, réfléchir à comment faire.

C'est peut-être la phrase la plus importante. Vaincre les bloquages, les conservatismes, refuser la reproduction des choses, c'est aller vers les portes d'un développement plus durable. 

Exemple: pour le développement du vélo en ville, il est trop facile de dire que les gens n'en veulent pas ou que c'est dangereux, ou qu'il n'y a pas d'espace. Il vaut mieux se demander quelle est la répartition actuelle de l'espace de voirie et comment on peut la rééquilibrer. Cela passe invévitablement par la diminution de l'espace affecté à la voiture qui en réprésente 90%.

3. Réaliser aussitôt les bonnes propositions d'amélioration.

La puissance publique méconnait ce principe de réactivité. On va de commission en commission, de rapport en rapport. Et après, c'est le grand vide.

4. Ne pas chercher la perfection, gagner 60% de l'objectif dès maintenant.

Un exemple frappant est le développement du carburant gaz naturel pour les véhicules particuliers. Les solutions existent depuis près de 20 ans. Les automobilistes sont toujours victimes des soubresauts du prix du pétrole sans avoir le choix, ce qui est contraire à tout principe de démocratie.

Malheureusement, la puissance publique ne gagne que quelques % par rapport aux objectifs. Même ce qui est facile à faire et qui ne coûte rien ou peu n'est pas fait. Ce sont nos petits-enfants qui paieront la note. Ce n'est pas la peine de parler de déficits publics pour gaspiller à tout va les ressources de la planète.

Finalement, on oublie de faire de l'économie, de la vraie, ne pas dépenser plus que l'on ne gagne, maximiser les profits, y compris ceux de la planète car c'est elle qui nous fait vivre, tout en minimisant les coûts.

 

 

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