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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 18:08

Les opérations de mise à disposition de vélos en libre service à Lyon, Paris et bientôt Rouen, font l'objet d'une campagne médiatique sans précédent dans l'univers du vélo urbain. Il ne s'agit pas dans cet article de faire la fine bouche, mais de rappeler quelques éléments historiques et techniques en matière d'urbanisme environnemental.
En effet, il convient de se démarquer des évènements d'images exploités politiquement. Ne nous faisons pas d'illusions sur les vertus environnementales de ces opérations et rappelons les véritables leviers à mettre en oeuvre pour gagner efficacement sur la qualité de l'air et sur les émissions de gaz à effet de serre.

Certes, Il y a des points positifs. Ces opérations permettent de mettre en avant la culture vélo en tant que mode de transport, de changer l'image dévalorisante qu'une partie de la population avait envers ce mode de déplacement. Elles permettent aussi de donner une visibilité au vélo sur la voirie et ainsi de changer le rapport de force sur les voies de circulation. La sécurité routière en sera gagnante de par la baisse des vitesses.   

Mais attention à l'arbre qui cache la forêt. L'expérience de Lyon nous donne des enseignements. 

Le transfert modal de l'automobile vers ce système est extrêmement faible. Ce sont surtout des usagers des transports en commun qui l'utilisent, pour des raisons de confort, de rapidité, sur des distances courtes. Il y a aussi un pic d'usage après les heures de pointe, là où les transports en commun sont peu fréquents ou absents.
Ensuite, les stations sont placées sur les trottoirs, ce qui accentue l'inflation du mobilier urbain sur les espaces piétons. Par contre, à Paris, cette erreur n'a pas été renouvelée puisque les stations ont été construites sur les places de stationnement voitures. Rappelons qu'un des principaux leviers d'abandon de l'usage de la voiture en ville est l'impossibilité de se garer.   

Le maire de Paris s'enorgueillit des impacts positifs sur la santé publique que pourrait avoir veli'b. Mais c'est une illusion. L'exemple de Lyon en est la preuve. Certes, à Lyon, 60 000 déplacements par jour d'une moyenne de 2km chacun est un beau succès, mais il faut le relativiser face aux millions de déplacements par jour en voiture d'une moyenne de 10km chacun. A Rouen, c'est 1 million de déplacements par jour en voiture, dans le périmètre de l'agglomération de Lyon, on peut imaginer le double, rapport de la démographie des deux aires urabines.

Certes le maire de Lyon annonce en fanfare que l'année dernière le nombre de déplacements en voiture a diminué dans Lyon intra muros. Mais parallèlement, la distance domicile travail est passé de 15 à 36km en 10 ans. Ce qui compte pour évaluer scientifiquement l'efficacité des politiques publiques de transport et d'environnement au regard des résultats et objectifs que l'on attend, c'est le résultat en matière de baisse du nombre de kilomètres de "l'autosolisme", et nous sommes toujours loin du compte, à Lyon comme ailleurs. Rappelons que dans les grandes villes néerlandaises et allemandes, les déplacements vélos sur le trajet domicile travail peut représenter jusqu'à 1/3 des déplacements de ce type.
 
Je vous renvoie au livre suivant:

FIETS La place du vélo dans la culture néerlandaise par Arnaud Rousseaux.

Aux Pays-Bas le vélo est partout. Ce travail expose la place tout à fait conséquente qu'il occupe dans la culture néerlandaise. L’analyse prend forme à partir d'entretiens informels avec les habitants et, à la manière de l’anthropologie visuelle, de plus de 159 photos originales. La conclusion s'attarde sur les enseignements issus de l’observation du modèle néerlandais, permettant d’émettre certains principes relatifs au développement de la mobilité à vélo en France. 143 pages – 159 photos.

Fiche technique du produit:

Imprimé: 143 pages, 6.14" x 9.21", perfect reliure, noir et blanc encre intérieure
Éditeur: Arnaud Rousseaux
Copyright: © 2007 Arnaud Rousseaux Standard Copyright License
Langue: French
Pays: Pays-Bas
Classement des ventes sur Lulu: 8,092

Mots-clés:

Listé dans :

Sciences humaines

L'inflation des rocades urbaines alimente l'éloignement des zones denses et l'usage de l'automobile, ce qui a l'effet contraire à celui attendu par ces opérations.

On est les champions, en France, pour ne pas appliquer massivement des leviers qui coûtent peu et rapportent beaucoup et pour mettre en oeuvre des solutions qui coûtent beaucoup et rapportent peu, à grand renfort de communication. Ce qui n'est pas normal, c'est de tromper les gens sur le résultat.

Par exemple, la massification des plans de déplacements écoles, administration, entreprises, pourrait à raison de 100kEuros d'études pour 2000 salariés, diviser par deux l'usage de l'automobile sur le trajet domicile travail en cinq ans, performance qui a été atteinte par ST Microelectronics à Grenoble. Sur 2000 salariés, 400 utilisent leur propre vélo tous les jours. C'est bien l'usage de son propre vélo qui est à favoriser par des politiques de communication et de management efficace, et un aménagement de voirie approprié.

Pendant des années, les associations de cyclistes urbains ont été ridiculisées et marginalisées par les élus de toutes tendances. Aujourd'hui, on se sert de la mode environnementale pour monter des opérations d'image très coûteuses et au résultat pour le moins discutable en matière de transfert modal et en matière de bilan carbone. 

En effet, le bilan carbone de velo'v est très discutable. Les bornes et les vélos sont bourrés d'électronique, activité très émettrice de gaz à effet de serre. En sus, un camion effectue en permanence des aller retours pour équilibrer le nombre de vélos dans les stations.  

Certes velo'v et veli'b sont utiles, mais l'urgence environnementale appelle vraiment des mesures plus efficaces et qui ont déjà fait leurs preuves.

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Published by Dominique Bied - dans transports de personnes
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commentaires

Patrick EMIN 03/08/2007 23:33

Les critiques formulées à propos du système Cyclocity de JCDecaux, en particulier leur inefficacité sur la réduction de l'effet de serre et sur le transfert modal ne sont-elles pas des critiques à adresser au vélo plutôt qu'au système Cyclocity? Autrement dit, la faible progression du transfert modal des automobilistes vers les systèmes de déplacement alternatifs ne se fait-elle pas malgré les systèmes de VLS de JCDecaux, plutôt qu'à cause d'eux?

Thibault 18/07/2007 15:08

Velov et Velib ne vopnt pas changer la face du monde mais ils sont un premier pas certain vers une ecologie urbaine dans le quotidien des français.C'est un premier (petit) succès.

Thibault 18/07/2007 15:05

Velib et Velov ne font pas changer la face du monde, c'est sur. Cependant, je pense qu'ils sont la manifestation tangible de l'ecologie urbaine dans le quotidien des français.Cela me paraît un premier succès.