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Texte libre

Corinne Lepage,

ministre de

l'environnement

 de 1995 à 1997

et présidente de cap21

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 22:04
Les plantes et animaux migrent vers les pôles plus vite que prévu.

Tel est le titre de l'article du blog d'Audrey Garric, journaliste au monde. Je relaie cet article sur ce blog car il n'y a rien à ajouter. La communauté mondiale gesticule sur le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique mais les actions sont très loin d'être à la hauteur des enjeux alors même que le green business ou plutôt le green washing se développe à grande vitesse. Cet article est lui-même un résumé d'études de la revue science.

 

"Partout dans le monde, des plantes et animaux rampent, grimpent, glissent ou volent pour atteindre des altitudes et latitudes plus hautes, au fur et à mesure de l’augmentation des températures. Et ces espèces migrent d’autant plus vite et plus loin que le changement climatique se fait ressentir fortement dans une région. Voilà les conclusions d’une large étude publiée jeudi 18 août dans la revue Science par le département de biologie de l’université de York.

 

  Si les scientifiques connaissaient déjà la capacité des espèces à s’adapter aux changements de température, cette enquête met pour la première fois en lumière la rapidité de ces déplacements. En moyenne, les espèces déplacent leur habitat vers des terres d’une altitude supérieure à raison de 12,2 mètres par décennie et surtout vers des latitudes plus hautes et plus froides à une vitesse de 17,6 kilomètres par décennie. Soit des taux trois fois plus rapides que ceux observés par les précédentes études sur les migrations.

"Ces changements reviennent, pour les plantes et animaux, à s’éloigner de l'équateur de vingt centimètres par heure, chaque heure et chaque jour de chaque année, explique Chris Thomas, biologiste à l’université de York et responsable de l’étude. Ce phénomène s’est déroulé au cours des 40 ans dernières années et devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin du siècle."

"Dans les montagnes françaises, quelle que soit l'altitude étudiée, les plantes sont en train de migrer pour conserver les températures nécessaires à leur survie, confirme Jonathan Lenoir, chercheur à AgroParistech Nancy. En une vingtaine d'années, les plantes herbacées des sous-bois ont migré de près de 85 mètres en moyenne tandis que les arbres, arbustes et buissons progressaient de 20 mètres."

Si Chris Thomas et ses collègues ont constaté une grande variation dans la façon dont chaque espèce individuelle a migré au fil des décennies, le changement climatique reste le point commun de chacun de leurs déplacements : "Il n'y a aucune autre raison qui expliquerait que tant d’espèces différentes se dirigent vers les pôles ou à des altitudes plus hautes, sur tous les continents du monde."

Le risque, à terme, réside dans un danger rapide d'extinction de nombreuses espèces dans des zones où les conditions climatiques se détériorent. Mais dans le même temps, d'autres espèces vont se déplacer vers les zones où le climat sera devenu convenable. "En France, des espèces endémiques, comme l’Argus bleu nacré de Provence, sont menacées d’un risque d’extinction, notamment dans le sud de la France et en zone montagneuse, livre Chris Thomas. D’autres espèces, habituées au climat méditerranéen, devraient au contraire davantage se développer, changeant la composition des écosystèmes. Il y aura donc des gagnants ainsi que de nombreux perdants."

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 22:14

Nous pouvons encore faire quelque chose et ce n'est pas si difficile. Il faut que les peuples prennent leur destin en main et élisent des gens responsables et anticipateurs. Les changements de comportements à la marge ne suffisent plus.

 

"Les scientifiques ont depuis longtemps prédit le déclenchement de conflits, dans les années à venir, du fait du changement climatique. Cette semaine, c’était au tour du Conseil de sécurité de l’ONU, dans le cadre d’une réunion spéciale sur le climat, d’examiner très sérieusement la nécessité et la pertinence de l’intervention des Nations unies dans les violences notamment causées par l’augmentation du niveau des mers et la raréfaction des ressources.

 

 

D’ici la fin du siècle, selon les scénarios du Giec, les températures devraient ainsi augmenter de 2 à 4° C, le niveau des mers monter de 20 à 60 cm, 200 millions de personnes pourraient être déplacées et les inondations, tempêtes, sécheresses et autres catastrophes devraient se multiplier, provoquant de facto des conflits environnementaux.

Mercredi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a ainsi pris position en faveur d’une extension du champ d’action de l’ONU aux conflits environnementaux, estimant que le changement climatique était une menace pour la paix et la sécurité mondiales. Le Sud-Coréen a évoqué l’intervention d’une force de "casques verts" pour désamorcer ces conflits .

L’idée de peindre des casques bleus en vert divise toutefois au sein des Nations unies, rapporte le Guardian. D’un côté, la Chine ou la Russie, deux des membres permanents au Conseil de sécurité, ont déclaré que les problèmes environnementaux n’étaient pas du ressort de l'ONU mais de celui des experts scientifiques. De manière moins attendue, l’Allemagne a, elle aussi, jugé qu'une action de l'ONU dans ce domaine était "prématurée". Son ambassadeur aux Nations unies, Peter Wittig, a fait part au Huffington Post de ses doutes quant à l'efficacité d’éventuels casques verts : "Faire intervenir des casques verts pourrait donner un signal fort dans la lutte contre le changement climatique mais leur rôle sera-t-il vraiment différent des tâches que les actuels casques bleus remplissent déjà aujourd'hui, notamment dans les pays les plus fragiles ?"

D'un autre côté, des îles comme Tuvalu, les Seychelles ou les Maldives, directement menacées par la montée des eaux, ont tenté de faire classer le changement climatique au rang de priorité internationale par l’ONU. Dans une tribune au New York Times, lundi, Marcus Stephen, président de Nauru, Etat insulaire d’Océanie, décrivait ainsi le climat comme "une menace aussi importante que la prolifération nucléaire ou le terrorisme international" et demandait la nomination d'un représentant spécial des Nations unies au climat et à la sécurité.

La question des casques verts n’a au final pas été tranchée. Elle sera au menu de la prochaine conférence de l'ONU sur le climat, qui se tiendra en décembre à Durban, en Afrique du Sud.

 

Article publié dans http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/07/22/bientot-des-casques-verts-du-changement-climatique-a-lonu/

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 22:11
La Chine et les Etats-unis continuent à refuser toute contrainte sur leur vie économique, que ce soit sociale ou environnementale. En fait, ils pratiquent le rideau de fumée car en arrière plan, ils préparent une industrie très offensive sur tout le business vert pour se garder les profits pour eux. L'exemple le plus frappant est le photovoltaïque aux Etats-Unis où le dynamisme est très fort aussi bien en technologies couches minces sur film souple qu'en technologie silicium monocristallin, polycristallin ou amorphe. Il y a une compétition féroce entre toutes ces technologies et le coût de silicium a été divisé par 5 en 6 mois. Ils sont leader mondial dans ce secteur. Sur le nucléaire, la population américaine dans sa majorité est franchement hostile. L'accident de Three mile Island a laissé des traces. Cela veut dire que même sous l'ère Bush, de nombreux laboratoires, particulièrement dans la silicone valley, avaient préparer le business vert depuis fort longtemps sans le clamer sur tous les toits, et surtout pas dans les conférences internationales. A part l'Allemagne et les pays scandinaves, et même l'Espagne, l'Europe n'a pas mis les moyens suffisants sur le business vert, nous nous sommes concentrés sur le juridique, qui n'intéresse ni les Etats-Unis, ni la Chine.

Si les choses restent en l'état, il faudra être très réactif pour s'engager dans une industrie verte performante, sous peine de devoir acheter toutes les licences à l'étranger.

Il est donc impossible d'avoir une gouvernance environnementale mondiale avec un arsenal juridique opérationnel si on ne change pas notre façon de compter les bénéfices des entreprises, la croissance du PIB et le PIB. C'est pour moi une urgence absolue. De la même manière que l'on prend en compte les coûts de non qualité dans les entreprises, il faut prendre en compte les coûts de non qualité au niveau de l'environnement et à l'échelle mondiale. C'est un vaste défi.

En attendant, comme Corinne Lepage le disais sur une radio, la société civile et les entreprises peuvent faire beaucoup de choses à leur niveau, et pas forcément moins efficace que le développement technologique pure. On peut faire des choses pas forcément très coûteuses, et qui ont trait à l'efficacité de notre organisation sociale, en particulier en s'aidant des nouvelles technologies de l'information et de la communication sans fil. Dans ce cadre l'état français et les élus locaux ont une grande marge de manoeuvre. Le télétravail et le covoiturage, les taxis collectifs grande échelle et temps réel, l'internet de l'électricité déjà en développement en Allemagne, sont des exemples de cette organisation à mettre en place avec l'aide des NTIC. C'est là que l'Europe peut faire valoir un avantage comparatif énorme, pourvu que l'on s'y mette ensemble. Mais attention, les Etats-Unis et l'Inde sont très performants à ce niveau. Il nous faut aller vite dans notre mutation. Il nous faut être moins naïf et plus lucide.

Je crois qu'il faut vraiment rentrer dans l'économie de la coopération plus que de la compétition. Les solutions aux questions d'environnement sont fondamentalement liées à cela. Cela rejoint les solutions peu coûteuses basées sur de meilleures organisations de vie.
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 17:03
Cela fait plusieurs fois que Laurent Cabrol déforme  la parole du GIEC sur différents médias en déclarant: "le GIEC dit que l'homme est responsable à 90% du réchauffement climatique."

C'est vraiment de la désinformation. La réalité de la position du GIEC est la suivante:

le réchauffement du climat depuis 1850 est du au surplus de gaz à effet de serre émis dans l'atmosphère avec un niveau de confiance de 90%, ce qui n'est pas du tout la même chose. Laurent confond un niveau de confiance (grandeur utilisée en statistiques) avec la part des émissions humaines dans la variation de concentration carbone dans l'atmosphère. Autrement dit, Laurent confond une grandeur avec un niveau de confiance sur l'analyse de la variation de cette grandeur.

Rappel: les variations naturelles du climat sont corrélées à la concentration carbone dans l'atmosphère (Arrhenius et Fourier  l'avaient intuité au milieu du 19ème siècle). Cette concentration varie de 180 à 280ppm suivant les cycles glaciaires et interglaciaires (cycles de périodicité plusieurs de dizaines de milliers d'années). Nous sommes à l'intérieur d'un cycle interglaciaire depuis très longtemps, et encore loin d'un nouveau cycle glaciaire, donc hors de portée d'une quelconque compensation naturelle possible.  L'homme a porté en un siècle et demi ce chiffre de 280ppm à 380ppm et cela ne s'améliore pas.
Certes d'autres facteurs que la concentration carbone dans la haute atmosphère agissent sur le climat avec des périodicités différentes. Mais les modèles climatiques ont montré que c'était la concentration carbone le paramètre principal.

La conclusion est que, par rapport aux 280ppm, l'homme est responsable d'un tiers du problème, mais avec 90% de confiance. Le GIEC ne dit pas autre chose.

Cette erreur d'interprétation des résultats du GIEC par Laurent  permet aux climatosceptiques d'exister dans les médias et de discréditer la parole du GIEC.

Si ce n'était que ça, ce ne serait pas très grave.

Malheureusement, le message est ainsi brouillé pour le grand public. Hélàs, le problème est que  ce brouillage ne fait que retarder les actions énergiques que nous devons menées à la fois sur nos modes de vie et de développement, mais aussi sur le modèle de développement que nous proposons aux pays émergents, en particulier au niveau des modèle énergétique et agricole.
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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 16:22
Voici un article de Elisabeth Leciak de univers-nature sur les puits carbone. Parfois la lutte contre les émissions provoquées par les énergies fossiles ont des effets contraires à celui recherché. Tout est donc dans les ordres de grandeur. Les puits carbone sont en affaiblissement généralisé, aussi bien les puits océaniques que les végétaux. Certaines dispositions pour lutter contre les émissions affaiblissent cependant la capacité des végétaux à absorber le carbone.

Cette étude ne doit pas nous empêcher de continuer de réduire massivement nos émissions CO2. Les ordres de grandeur montreront qu'il y a plus intérêt à le faire plutôt qu'à continuer à polluer, même si parfois certains effets vont dans le bon sens.

Au mois d’avril dernier, la revue Nature a publié un article qui peut faire sourire ceux qui ont le sens de l’humour mais laisser circonspects quelques autres. En résumé, les mesures visant à limiter la pollution de l’air vont réduire la capacité des plantes à absorber le CO2. Paradoxe ou illustration de la complexité, nous sommes loin de maîtriser le cycle du carbone…

Les recherches scientifiques sur les gaz à effet de serre avancent et les modélisations intègrent sans cesse de nouveaux éléments pour mieux comprendre le couple émission/absorption qui régit les taux de CO2 dans l’atmosphère. On sait que l’océan, mais aussi les végétaux sont capables d’absorber une part importante du gaz carbonique émis par les activités humaines. Appelés puits de carbone, ils seraient des éléments clés pour stabiliser le climat. Mais, autant leurs compétences sont à l’heure actuelle difficiles à chiffrer, autant les facteurs qui les conditionnent sont multiples.

L’efficacité de l’absorption par les plantes tient dans la photosynthèse, l’utilisation de l’énergie solaire pour synthétiser de la matière organique à partir du carbone minéral (le CO2). Or les particules polluantes présentes dans l’air, type aérosols sulfatés, d’un côté reflètent les rayonnements solaires et les renvoient dans l’espace, mais de l’autre, participent dans l’air à une meilleure diffusion de la lumière. Les végétaux tirent parti de cette diffusion pour activer leur photosynthèse. Il y a donc une relation entre présence de polluants et captage du CO2.
La revue Nature explique que les émissions de particules sulfatées, particulièrement importantes durant la période 1950-1980, avaient déjà été prises en compte dans les modèles scientifiques, mais seulement pour leur effet de réflexion qui, réduisant les rayonnements solaires directs, diminue de 14 % l’absorption de CO2 par la photosynthèse. Intégrant ce phénomène dans leurs calculs mais, ensuite, prenant en compte la diffusion lumineuse favorisée par les aérosols, les nouveaux travaux publiés en avril (1) montrent qu’en fait, durant la même période, les taux d’absorption du carbone ont augmenté de près de 10 %. D’après les chercheurs responsables de cet « ajustement » de modèle, si les émissions de SO2, le principal aérosol sulfaté considéré, continuent à diminuer suite aux mesures prises par les gouvernements, la diffusion des rayonnements sera moindre et les plantes absorberont moins de CO2. Y aurait-il un choix à faire entre réduction de la pollution atmosphérique et la lutte contre le changement climatique ? Une bonne blague non ?
Elisabeth Leciak
1- Mercado, LM et al. (2009) Impact of changes in diffuse radiation on the global land carbon sink. Nature 458
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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 13:28
Voici une interview rapportée par le monde de Jacqueline Mac Glade, directrice de l'agence européenne de l'environnement. Elle montre combien l'action est urgente et que l'ensemble des citoyens doivent modifier en profondeur leurs modes de consommation. Nos émissions continuent d'augementer.

Si nous dépassons de seuil de 2 degrés d'augmentation de la température moyenne à la fin du siècle, le retour à l'équilibre ne sera plus possible à cause de l'effondrement des pompes à carbone terrestres et océaniques et du relarguage dans l'atmosphère des hydrates de méthane.

On ne peut plus se contenter de politiques à la marge. Rappelons que les particuliers sont responsables de la moitié du problème.

Voici l'article du monde:

Jacqueline McGlade, scientifique de nationalité britannique, dirige l'Agence européenne pour l'environnement (AEE), basée au Danemark. L'AEE étudie de façon indépendante l'état de l'environnement dans l'Union européenne (UE) et évalue les politiques publiques qui y sont menées pour le compte de la Commission, du Parlement et des Etats membres. Quelque 170 experts y travaillent.

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Vous publiez, début janvier, un rapport sur les enjeux pour 2009 en matière d'environnement qui se veut beaucoup plus accessible au grand public que vos travaux habituels. Quel est l'objectif?

L'influence des citoyens en 2009 sera cruciale. Ils doivent être informés de ce qui va se passer en décembre à Copenhague, où l'accord qui succédera au protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre sera négocié entre tous les Etats. Les citoyens entendent parler de changement climatique, mais n'ont pas une idée claire des enjeux. Notre objectif est de rendre ceux-ci plus accessibles pour redonner du pouvoir aux citoyens. L'enjeu est considérable. Nous sommes en train de nous écarter dangereusement de notre trajectoire de sécurité. Nos émissions de gaz à effet de serre croissent encore plus vite que dans les scénarios les plus pessimistes.

Les conséquences du changement climatique restent-elles encore abstraites aux yeux du grand public?

Oui. Il faut se rendre compte que, jusqu'à présent, nous avons évolué dans un environnement climatique très stable. Une baisse d'un demi-degré en moyenne a suffi pour nous faire entrer dans le petit âge glaciaire. Chaque degré compte. Notre objectif est de stabiliser la hausse des températures à deux degrés supplémentaires. C'est une cible extrêmement ambitieuse, et même avec deux degrés de plus, nous ne vivrons pas de la même manière, y compris en Europe. L'eau ne sera plus autant disponible. L'agriculture ne pourra pas être la même. L'industrie touristique devra évoluer. Mais la lutte contre le changement climatique recèle aussi d'importantes opportunités. Par exemple, les mesures de réduction des émissions en Europe nous permettront d'économiser 8,5 milliards d'euros par an dans la lutte contre les polluants atmosphériques. Les économies pour les services de santé en Europe pourraient atteindre 45 milliards d'euros par an.

La lutte contre le changement climatique ne risque-t-elle pas de passer au second plan au moment où les conditions de vie du plus grand nombre sont menacées par la crise économique?

Il faut utiliser ce moment pour restructurer l'économie, repenser les fondamentaux. Nous ne devons pas reconstituer le modèle économique précédent. Le "New Green Deal" dont parle Barack Obama, qui doit déboucher sur la création de nombreux emplois "verts", ne fonctionnera pas si l'on se contente de remplacer des voitures à essence par des voitures qui roulent aux carburants renouvelables, par exemple. L'économie doit être pensée comme une filiale à 100% de l'environnement, et le prix que nous donnons aux choses réévalué. Si nous prenions en compte le coût véritable de l'eau et des carburants nécessaires à la fabrication et au transport des biens, nous constaterions que les déplacer autour du monde et même en Europe, comme nous le faisons, coûte très cher.

L'accord récemment conclu par l'UE pour réduire ses émissions de CO2 de 20% d'ici à 2020 a été salué comme une première historique mais aussi critiqué par les organisations non gouvernementales (ONG). Qu'en pensez-vous?

Les politiques ont effectué un pas en avant extrêmement audacieux. Les ONG peuvent avoir raison de dire que l'accord est tellement compliqué que personne ne sera capable de vérifier son application. Mais il fixe des objectifs si agressifs, si ambitieux qu'il nous force dès maintenant à penser différemment. Le "business as usual" ne suffira pas pour les atteindre. A travers la mise aux enchères des quotas des CO2, un prix sera mis sur les émissions polluantes. C'est un début, mais cela ne sera pas suffisant. S'ils veulent atteindre les cibles, les pays vont devoir mettre sur pied des politiques très volontaristes, très vite.

Pensez-vous que la communauté internationale peut aboutir à un accord satisfaisant à Copenhague?

Cela dépendra de la pression de l'opinion publique mondiale. Certains signes sont encourageants comme, bien sûr, l'arrivée de l'équipe Obama à la Maison Blanche et l'émergence de nouveaux Etats ou groupes d'Etats qui veulent prendre part à la lutte contre le réchauffement climatique. L'un des grands enjeux de la négociation sera la question du financement et le fonctionnement du fonds d'adaptation [abondé par les pays riches, son objectif est de financer des actions dans les pays confrontés aux conséquences du réchauffement].

Nous devrons prendre garde à ce que ce fonds serve bien à ralentir le changement climatique, et à s'y adapter. Nous allons être accusés de néocolonialisme en voulant contrôler l'utilisation qui est faite de cet argent, mais un accès direct des pays en développement au fonds ne vaut pas chèque en blanc. Il faudrait peut-être appliquer le schéma qui prévaut dans l'industrie nucléaire, où il existe des possibilités d'inspection par toutes les parties.

Propos recueillis par Gaëlle Dupont
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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 23:16
C'est Joseph Fourier en 1824 qui publie ses études sur de l'effet de serre dans un mémoire :

"Mémoire sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires".

Il y développe la quantification et la diffusion de la chaleur à l'intérieur du globe terrestre. Il utilise pour cela ses travaux sur la diffusion de la chaleur dans les solides et sa modélisation mathématique amenant à la fameuse transformée de Fourier. Il développe l'idée selon laquelle les échanges de chaleur avec l'intérieur de la terre jouent un rôle négligeable sur la température d'équilibre de la surface de la terre. Par contre, il en déduit que les phénomènes clés sont l'absorption du rayonnement solaire et les échangent par rayonnement infrarouge avec l'espace palnétaire. Le rayonnement infrarouge avait été  découvert  25  ans auparavant  par Sir William (alias Friedrich) Herschel.

Trop fort Fourier.

C'est Svante Arrhénius, chimiste suédois, qui a véritablement intuité la corrélation entre la concentration du CO2 dans l'atmosphère et l'augmentation de la température moyenne de la terre. C'est en voulant expliquer les alternances des cycles glaciaires et interglaciaires qu'il est arrivé à construire une théorie qui reste aujourd'hui plus que jamais valable et valide. Sa publication a été faite en 1896 dans un article "De l'influence de l'acide carbonique dans l'air… Sur la température de la terre ».

Plus exceptionnel encore, dans cet article, il dit qu'un  doublement  de  la concentration  de  CO2  dans  l'atmosphère  induirait  une augmentation  de  la température  moyenne de  5 degrés  environ,  ce  qui  est  sensiblement  la fourchette  haute  du  GIEC. Sans avoir la puissance de calcul de nos ordinateurs, il a déterminé que si la concetration CO2 augmentait en progression géométrie (progression multiplicative) alors la température  moyenne  de  la terre  augmenterait  suivant  une progression  arithmétique  (progression additive).  C'était  le début d'une modélisation  mathématique  du phénomène.

Arrhénius suggère ensuite que l'homme puisse émettre suffisamment de CO2 pour prémunir la terre de passer dans une nouvelle ère glaciaire. 

En fait, on sait aujourd'hui  que  la variation de concentration du CO2 passe de 180ppm en ère glaciaire à 280ppm en ère interglaciaire, et que les émissions humaines ont amplifié jusqu'à 380ppm, amplifiant ainsi l'augmentation de la température moyenne. 

Trop fort, Arrhénius.

Les négationistes du climat peuvent toujours s'aligner devant le génie scientifique de ces visionnaires, Herschel pour la découverte de l'infrarouge, Fourier pour celle de l'effet de serre, Arrhénius pour celle du réchauffement climatique induit par la concentration CO2.

Chapeau Messieurs.
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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 21:30
Je relaie ici une information observée sur le site actualités de yahoo lui-même relayant une dépêche AFP de ce jour à 18h05. La source primaire est la revue nature.

Les derniers résultats du programme de recherche EPICA confirment la très forte probabilité de l'impact de l'homme sur le climat  par  l'intermédiaire des émissions carbone.

PARIS (AFP) - Les concentrations actuelles de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4) dans l'atmosphère terrestre sont les plus élevées depuis 800.000 ans, selon les résultats de forages glaciaires effectués par des chercheurs dont les travaux sont publiés dans la revue scientifique Nature.

En dehors de la vapeur d'eau, ce sont les deux principaux gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.

Les carottages, réalisés dans le cadre du projet EPICA, ont été réalisés jusqu'à une profondeur de 3.270 mètres dans la calotte de glace qui recouvre le continent antarctique, à proximité de la base franco-italienne Concordia (Dôme C).

L'analyse de bulles de gaz piégées dans la glace a permis d'établir la teneur de l'atmosphère en dioxyde de carbone et en méthane sur une durée de 800.000 ans, contre 650.000 ans pour un précédent forage.

Ce travail "confirme, tout en l'étendant, l'étroite corrélation observée entre les températures enregistrées en Antarctique dans le passé et les teneurs atmosphériques en CO2 et CH4", selon un communiqué du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

"Jamais, sur les derniers 800.000 ans, n'ont été relevées des teneurs en gaz à effet de serre aussi élevées qu'aujourd'hui", soulignent les chercheurs français ayant participé à ces travaux, dont le climatologue Jean Jouzel et le glaciologue Jérôme Chappellaz.

Sur un million de molécules dans l'air, 380 sont actuellement du dioxyde de carbone, contre seulement 172 il y a 667.000 ans, ce qui correspond à la concentration la plus basse jamais enregistrée, selon les relevés des chercheurs.

Le méthane, dont l'effet de serre est supérieur à celui du CO2 mais la concentration moins élevée et la durée de vie dans l'atmosphère moins longue, présente pour sa part "des fluctuations rapides à l'échelle millénaire, récurrentes au cours de chaque glaciation". Cette variation climatique serait liée aux fluctuations de grande ampleur des masses d'eau qui participent à la redistribution de la chaleur sur terre (courant thermohalin).

Une vaste étude multi-disciplinaire, également publiée cette semaine dans la revue scientifique Nature, confirme par ailleurs les conclusions du Groupe intergouvernemental sur le climat (GIEC), mandaté par l'ONU, sur l'origine et l'impact du réchauffement climatique.

Elle souligne que "des changements significatifs" sont en cours sur tous les continents et la plupart des océans. "Ces changements dans les systèmes naturels depuis au moins les années 70 ont lieu dans des régions où l'on a observé des augmentations de température" qui "ne peuvent être expliquées par les seules variations climatiques naturelles", poursuit l'étude.

"Les êtres humains ont une influence sur le climat à travers l'augmentation des émissions de gaz à effets de serre et le réchauffement de la planète a un impact sur les systèmes physiques et biologiques," écrit Cynthia Rosenzweig, de l'Institut Goddard pour les études spatiales de la NASA et du Centre de de recherche sur les systèmes climatiques de Columbia.

Rosenzweig et des chercheurs de dix autres institutions à travers le monde ont analysé des centaines de publications et des données collectées depuis les années 70.

Selon le Giec, l'essentiel de l'accroissement constaté de la température moyenne de la planète depuis le milieu du 20e siècle est "très vraisemblablement" dû à l'augmentation observée des gaz à effet de serre émis par l'homme (+de 90% de certitude). A la fin du siècle, les températures devraient augmenter de +1,8 à 4° par rapport à 1980-1999.

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 23:32

La problématique du réchauffement climatique est globale. Trouver une solution soutenable à ce problème ne peut passer que par une analyse globale et une déclinaison des solutions au niveau local. C'est ce qui fait la difficulté des prospectives effectuées jusqu'ici.

Cette contribution est l'application de ce paradigme au transport automobile. Elle est basée sur un raisonnement en ordre de grandeur permettant de montrer que toutes les mesures évoquées jusqu'ici sont nécessaires mais notoirement insuffisantes. Un changement en matière de paradigme de recherche et développement est nécessaire. De plus, les Etats-Unis eux-mêmes ont entamé une réflexion se rapprochant du domaine de cette contribution au travers d'un consortium associatif rassemblant des entreprises telles qu'IBM et Microsoft, 10 universités américaines, 1 allemande. Ce consortium a lancé d'immenses travaux sur la science des services.

Pour calculer les ordres de grandeur précédemment évoqués, on prend les hypothèses suivantes. Analysons la contribution de l'automobile au réchauffement climatique dans une version mature d'une population mondiale équipée à l'occidentale à l'horizon 2050.

Nous allons nous placer volontairement en minorant les chiffres officiels. Ainsi, si on trouve que l'on ne réduit pas les émissions globales par rapport à aujourd'hui, cela voudra dire que les mesures visant à travailler sur la technologie des moteurs seront nettement insuffisantes.

Le taux de motorisation des ménages dans une population mature comme la nôtre et en supposant que la population mondiale a le même degré de maturité est de 500 véhicules pour 1000 habitants roulant une moyenne de 15000km par an. Prenons aussi l'horizon 2050 avec 9 milliards d'habitants au niveau de maturité occidental.

Supposons que toute cette population soit équipée de véhicules propres à 100g de CO2 par kilomètre, ce qui serait déjà une grande performance.

Calculons maintenant les émissions CO2 annuelles de ce parc mondial vu dans sa version finale (asymptotique).

Il ne reste plus qu'à effectuer la multiplication :

500x9x109x15000x100x10-6/1000 nous donne près de 7 milliards de tonnes d'émissions de CO2 par an, soit encore 7x0.27, soit près de 2 milliards de tonnes de carbone émis dans l'atmosphère. Cela représente la moitié du point d'équilibre du climat (4 milliards de tonnes par an) pour les seuls déplacements automobiles.

On voit, par ce calcul en ordre de grandeur, qu'il est illusoire de régler le problème par l'unique travail sur les moteurs. Cela ne peut constituer un développement soutenable.

Pourtant, on ne peut se passer de l'industrie automobile, de l'usage de la voiture qui constitue un formidable moyen d'accès aux déplacements. On ne peut non plus interdire l'accès à la voiture aux pays émergents, liberté oblige.

C'est donc par une organisation plus efficace des mobilités qu'on arrivera à un résultat conforme aux aspirations du Grenelle de l'environnement.

Quand on parle organisation, on parle nécessairement de l'outil informatique associé à l'intelligence humaine, donc à la science des services évoquée plus haut.

Fort de ce constat, j'ai lancé moi-même un projet de recherche avec des laboratoires. Il consiste à gérer en temps réel et en flux tendu les mobilités à l'aide d'une flotte de taxis collectifs de grande échelle. Cela permettrait d'augmenter le taux d'occupation des voitures et donc de diminuer le trafic de façon importante à confort de mobilité égale. C'est vers cette voie qu'il faut aller. Le travail sur les moteurs ne fera que complémenter cette évolution.

Ce projet a l'avantage d'être mis en œuvre assez rapidement avec peu d'argent public. Quelques millions d'euros suffisent pour construire ces logiciels avec une division possible du trafic par un minimum de 2, résultat largement supérieur au seul travail sur les moteurs.

Cela pourrait aboutir aussi à une reconversion complète des  modèles automobiles pour les adapter à ce nouvel usage.

Ce genre de projet est préférable à un système de taxes qui est ressenti comme une punition par les automobilistes. Les leviers de réduction de l'usage individuel de l'automobile compatible avec un développement mondial des mobilités résident dans le rationnement du stationnement dans les zones denses (formule plus douce qu'un péage urbain), et surtout d'un développement de l'offre industrielle relevant plus de la science des services (logiciels) que de la technologie des moteurs.

La généralisation des plans de déplacements (relevant aussi de cette science), est un autre levier positif de cette intelligence des mobilités. Il s'agit de la déclinaison à toutes les échelles des plans de déplacements urbains.

Soyons intelligents, innovants, encourageons les projet de recherche donnant des résultats rapides et compatibles plutôt que de punir les gens par des taxes, certes nécessaires dans l'immédiat mais dont il faut user avec la plus extrême prudence.

 

 

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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 22:34

Il est bigrement intéressant de regarder dans le passé si des scientifiques avaient eu l'intuition de l'influence de l'homme sur le climat de la planète.

En 1824, Joseph Fourier (1786-1830), grand précurseur de la physique moderne, publie ses remarques générales sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires. Il expose l'idée que l'enveloppe atmosphérique du globe se comporterait comme le vitrage d'une serre.

Jacques Joseph Ebelmen (1814-1852) déclare: "plusieurs circonstances tendent néanmoins à prouver qu'aux anciennes époques géologiques, l'atmosphère était plus dense et plus riche en acide carbonique, et peut-être en oxygène, qu'à l'époque actuelle. A une plus grande pesanteur de l'enveloppe gazeuse devaient correspondre une plus forte condensation de la chaleur solaire, et des phénomènes atmosphériques d'une bien plus grande intensité."

John Tyndall, chimiste irlandais, (1820-1893), publie les premières données expérimentales sur l'absorption et l'émission des infrarouges par les gaz. Il déclare que toutes les mutations du climat que les recherches des géologues révèlent peuvent être liées à des variations des teneurs atmosphériques en gaz à effet de serre.

Enfin Arrhénius (1859,1927), prix nobel de chimie en 1903, émet l'hypothèse voulant qu'à cause de l'augmentation de la concentration du dioxyde de carbone dans l'atmosphère, la température de la Terre augmenterait. Pourtant, depuis cette période, les dirigeants politiques et les élites scientifiques n'ont tenu aucun compte de cette hypothèse pour imaginer un modèle de développement durable.

L'hypothèse du réchauffement climatique et de l'influence de l'homme n'est donc pas nouvelle. Notre reponsabilité est de corriger cette erreur de cap et surtout de ne pas faire parcourir le même chemin aux pays émergents. Nous avons déjà raté l'entrée dans le virage, espérons que nous saurons contrôler le dérapage.  

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